Revue Suisse 3/2018
11 Revue Suisse / Mai 2018 / N°3 moitié les redevances. On notera que quasiment tous les partis, y compris les Verts, ont appelé la SSR à prendre d’autres mesures de réduction des coûts et des effectifs. Seule exception: le PS, qui a estimé qu’il fallait arrêter d’attaquer en permanence la SSR. «Le message de la population est clair. Il faut arrêter ce cirque», a déclaré le chef de fraction Roger Nordmann. La crise des médias s’aggrave Après la SSR, l’Agence Télégraphique Suisse (ats) est la deuxième institu- tion des médias suisses à se retrouver dans la tourmente. Et la concen- tration du marché des médias continue sa marche en avant. Les Suisses disent oui au nouveau régime financier Les finances de la Confédération sont une nouvelle fois assurées. Le 4 mars, le peuple a approuvé l’arrêté fédéral concernant le nou- veau régime financier 2021. Le projet ne com- portait en soi pas de nouveauté, mais prévoyait la continuité de la politique menée jusqu’alors. Le régime financier actuel, qui expire en 2020, sera donc reconduit jusqu’à 2035 avec l’aval du peuple. L’impôt fédéral direct (IFD) et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) représentent près de deux tiers de l’ensemble des recettes de la Confédération, et partant, ses deux principales sources de recettes. L’impôt sur les huiles minérales, les droits de timbre, l’impôt sur le tabac et l’impôt anticipé sont d’autres sources de financement des caisses fédérales. C’est une spécificité du fédéralisme suisse: la validité du système d’impôt fédéral est tou- jours limitée dans le temps. Le Conseil fédéral souhaitait initialement modifier le régime fi- nancier fédéral de manière à pouvoir prélever ces deux impôts sur une durée indéterminée. Mais, en raison de l’opposition qui s’est mani- festée durant la consultation, il sera à présent renouvelé pour seulement 15 ans. Le principal argument en faveur de ce système est que la durée limitée et la votation populaire confèrent aux impôts une plus grande légitimité démo- cratique. (JM) JÜRG MÜLLER En pleine campagne référendaire au- tour de l’initiative No Billag, divers événements survenus au cours des premiers mois et semaines de l’année montrent que la crise qui bouleverse le paysage médiatique suisse s’est en- core aggravée. L’Agence Télégraphique Suisse (ats) est en pleine tempête. Après la SSR, il s’agit de la deuxième institution médiatique du service pu- blic à se retrouver dans la tourmente. À tel point qu’unmouvement de grève de plusieurs jours a été décrété et suivi par la rédaction fin janvier – une situa- tion extrêmement rare pour les mé- dias suisses. En annonçant qu’elle al- lait supprimer une quarantaine de postes à plein temps sur les 150 à court terme, la direction de l’agence amis le feu aux poudres. Le CEO Markus Schwab a ensuite remis de l’huile sur le feu avec ses déclarations controver- sées dans la presse: «L’ats n’a de comptes à rendre qu’à ses actionnaires. Nous ne sommes pas une organisation à but non lucratif.» Des propos qui contredisent pourtant ce qui est af- firmé sur le siteweb: «L’ats ne poursuit pas d’objectifs financiers orientés vers le profit.» Si l’ats est peu connue du grand pu- blic, elle n’en demeure pas moins, en sa qualité d’agence de presse nationale, un acteur incontournable et central du journalisme suisse et, partant, une composante indispensable du service publicmédiatique. L’ancien conseiller fédéral PLR Kaspar Villiger avait un jour qualifié l’agence, à juste titre, de «Förderband der Realität», autrement dit de bande transporteuse où les faits sont exposés à l’état brut. Elle diffuse ses dépêches 24 heures sur 24 et four- nit du contenu à quasiment toute la presse du pays, mais également à ses autorités, organisations et entreprises, et ce, en trois langues. Étant donné que l’agence couvre de manière quasi exhaustive l’ensemble des débats par- lementaires et l’actualité politique et économique du pays, elle revêt en outre une fonction d’archives qui est essentielle. Des recettes en forte baisse Pour comprendre les enjeux très com- plexes, un gros plan sur l’histoire et la structure de l’entreprise s’impose. Fondée en 1895 par les éditeurs suisses, l’ats est d’emblée confrontée à un conflit fondamental: l’agence est la propriété de groupes de presse qui sont également ses clients. Alors que les propriétaires ont intérêt à ce que l’agence prospère, les éditeurs visent les tarifs les plus bas possibles. Tant que le paysage médiatique était floris- sant, cette contradiction ne posait pas vraiment problème. Jusqu’à récem- ment, les tarifs étaient toutefois fonc- tion du tirage de journaux imprimés. Les déboires actuels de l’ats s’ex- pliquent notamment par la baisse des ventes dans la presse écrite. En début d’année, unnouveau système a étémis en place. Au tirage papier vient désor- mais s’ajouter un deuxième élément pour les tarifs: la pénétration des mé- dias imprimés et en ligne. Toutefois, la direction a estimé né- cessaire de supprimer des postes en raison de la forte chute des recettes à court terme. La rédaction a reproché aux dirigeants d’agir sans stratégie. Elle s’interroge sur les prestations que l’ats sera en mesure de fournir à l’ave-
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