Revue Suisse 3/2018

16 Revue Suisse / Mai 2018 / N°3 Société d’un gros opérateur, comme par exemple Romandie Médias SA, qui a lancé en 2014 la première couverture privée en DAB en Suisse romande. Un enjeu national La Suisse compte aujourd’hui 3,5 mil- lions d’appareils équipés DAB, dont un million dans des voitures, et cette technologie représente un enjeu na- tional. La Confédération soutient le DAB à coups de campagnes d’informa- tion et d’aide aux radios, soit 8 mil- lions de francs pour l’année 2017, in- dique RenéWehrlin, responsable de la radio et de la TVnumériques à l’Office fédéral de la communication (OFCOM). «La réception par radio FMest obsolète. Le DAB multiplie les accès aux ondes pour les chaînes radios et offre un ac- cès à toute une palette de services nu- mériques», résume-t-il. Meilleure qua- lité d’écoute, coûts plus faibles: les arguments en faveur de cette nouvelle technologie sont nombreux, vante l’OFCOM. D’ici à 2024, le réseau FM aura été déserté au profit du DAB, annonce la Confédération. Les mesures pour per- mettre cette transition sont en cours. En gros, l’État n’ouvre plus de nou- velles concessions pour des radios FM analogiques et appuie toutes les ra- dios dans leur transition vers la dif- fusion numérique. Ainsi, pour une ra- dio non commerciale diffusée par Digris, 80 pour cent des frais d’abon- nement au service DAB fourni par la société sont pris en charge par l’OFCOM. L’installation d’un studio numérique dans une radio peut aussi bénéficier d’une aide financière. L’ini- tiative «No Billag» a d’ailleurs mis en exergue ce rôle du soutien public des programmes radios culturels et lo- caux, relève en substance le respon- sable d’une petite chaîne associative citée plus bas. Dans tous les tunnels La mutation de la radio par les airs touche aussi les routes et l’office fédé- ral du même nom veut offrir au mil- lion de voitures équipées d’un récep- teur DAB une couverture parfaite sur tout le territoire. À terme, tous les tunnels de plus de 300 mètres, auto- routiers d’abord, puis cantonaux, se- ront équipés d’émetteurs. Globale- ment, leur nombre va augmenter de 50 pour cent d’ici à 2019, indique l’OFCOM. «La raison principale de cette politique est liée à la sécurité, souligne René Wehrlin, car en cas de catastrophe, la bande passante dédiée aux smartphones reliés à des radios par internet serait vite saturée, alors que la radio reste tout le temps acces- sible.» Retour aux petites radios alterna- tives, pour qui l’accession aux ondes via le DAB a été vécue comme une re- connaissance et un pas symbolique. Radio Vostok, chaîne associative gene- voise, diffusait uniquement sur leweb. Cliente deDigris depuis 2015, elle a vu son auditoire doubler. «Nous avons dé- cidé d’augmenter les heures de direct, qui sont passées de 1 heure à 12 hebdo- madaires», se réjouit Charles Menger, cofondateur et permanent de radio Vostok. Sur sa radio, l’auditeur genevois, ou bernois, a désormais accès à un large bouquet de chaînes émettant en DAB (45 chaînes à Genève). En revanche, et test fait dans un appartement, la réception des pro- grammes véhiculés par Digris appa- raît moins stable que celle des radios commerciales ou publiques. «C’est lié à la puissance et à l’éloignement des émetteurs», estime l’OFCOM. Le di- recteur de Digris répond qu’il pro- jette d’augmenter sa capacité de dif- fusion. Un internet restreint? Derrière cette révolution technique, se joue en filigrane un combat com- mercial entre service public et grands groupes, ou entre DAB et internet, estime Thomas Gilgen. «Actuelle- ment, les producteurs de smart- phones refusent d’intégrer dans leurs appareils la possibilité de recevoir du DAB, même s’il est avéré que les puces électroniques le permettent. Si rien n’est fait politiquement, dans 10 ans, chaque voiture et chaque ménage ne consommeront plus que de la radio internet via un smartphone et la Suisse verra l’industrie de l’internet prendre le dessus sur la fréquence radio.» C’est la question de la «neutralité» d’internet, dont l’acheminement varie selon la qualité de connexion et qui dépend d’un contrat avec un presta- taire, alors que Billag finance un accès illimité aux radios. René Wehrlin est sensible à ces questions, mais ne craint pas la déroute duDAB face auweb, car il estime que les fabricants de smart- phones et les grands opérateurs n’ont qu’un intérêt limité pour la radio. La raison? «Elle ne rapporte pas suffisam- ment», conclut-il. Le DAB, c’est 18 radios sur une seule fréquence La technologie du Digital Audio Broadcasting permet d’empiler les chaînes sur une seule fréquence, alors que les chaînes FM ont besoin d’espace entre les ondes pour fonctionner. En Suisse, sept fréquences DAB sont mises à la disposition des radios, indique l’OFCOM. Et chacune d’entre elles permet d’accueillir 18 programmes, ce qui équivaut à une offre potentielle de 126 chaînes. À l’intérieur d’une maison, le DAB est pourtant moins compétitif que la FM, car une radio nécessite l’entier du signal numérique pour fonctionner, ce qui n’est pas le cas de la FM, qui peut chuinter, mais continuer à être réceptionnée. «Dans les maisons, les gens vont privilégier la radio internet via le Wifi», analyse René Wehrlin, responsable de la radio numérique auprès de la Confédération.

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