Revue Suisse 5/2023

Lorsqu’on se promène en montagne, on voit des alpages, des torrents scintillants, des parois rocheuses et des sommets majestueux. Ce qu’on ne voit pas, c’est la façon dont la plaque continentale africaine heurte encore de toutes ses forces la plaque continentale européenne. On ne voit pas ces plaques glisser l’une sur l’autre ni la croûte terrestre se cabrer. On ne voit, à l’échelle des temps géologiques, que le battement de cils du présent. Si l’on pouvait scruter les grandes lenteurs, on verrait par exemple le Cervin continuer de grandir. En raison de la lutte des continents, il croît en effet d’environ 1500 mètres par million d’années. Mais on verrait en même temps le vent, les intempéries et l’érosion le raboter peu à peu, de justement 1500 mètres par million d’années. Nos yeux ne voient que le bilan d’une croissance et d’une diminution permanentes: des montagnes stables, solides, fiables, comme taillées pour une Suisse qui aime se considérer sans faille. Cependant, l’image des montagnes s’effrite. Il n’y a pas que les «neiges éternelles» qui fondent à toute allure même à l’échelle des temps humains. Les montagnes elles-mêmes paraissent plus fragiles: effondrements et coulées de boue ne détruisent pas seulement ce qu’ils ensevelissent. Ils ébranlent profondément le mythe des «Alpes éternelles». Quelle est la part de vérité dans ce sentiment de fragilité? Nous consacrons notre dossier «En profondeur» au changement en montagne. Après les drames de Randa (1991), Gondo (2000) et Bondo (2017), c’est l’angoissant épisode de Brienz (GR) qui nous en a fourni le motif: cet été, un éboulis de plus d’un million de mètres cubes a dévalé du Piz Linard dans la vallée. Ce que nous ne pouvions pas savoir, c’est qu’à peine trois mois plus tard, des masses de terre et de pierres, en glissant, enseveliraient des dizaines de maisons dans les Alpes glaronnaises, comme s’il fallait une confirmation au sentiment que les montagnes bougent. Mais revenons aux excursions bienfaisantes en montagne! Si vous y allez, il y a fort à parier que vous tomberez sur un banc public situé face à un panorama grandiose. Le banc oriente le regard, il est souvent placé là où la vue en vaut la peine. Mais surtout, le banc est omniprésent. Tel est le véritable «secret banc’aire» suisse: nous vivons dans un paysage meublé. Une fois que vous aurez lu notre article à ce sujet, vous verrez vous aussi, à l’avenir, une foule de bancs publics en Suisse. Des bancs stables, fragiles, grands, petits, rouges à la peinture immaculée ou patinés par le temps et ce, à tous les endroits possibles et inimaginables. MARC LETTAU, RÉDACTEUR EN CHEF 4 En profondeur Les éboulements alpins mettent toujours plus la Suisse à rude épreuve 8 Nouvelles C’est au diplomate Alexandre Fasel qu’échoit l’épineux dialogue avec l’UE 10 Société Un paysage meublé: les bancs publics sont omniprésents en Suisse 14 Reportage À la rencontre des électeurs les plus assidus du Suisse Actualités de votre région 17 Chiffres suisses En Suisse, une foule de fillettes répondent au prénom «Emma» 18 Nature et environnement On recycle davantage de plastique, mais on en consomme aussi plus 20 Littérature Le roman utopique de Jakob Vetsch a 100 ans et paraît plus actuel que jamais 22 Politique Sous la loupe: comment vote la «Cinquième Suisse»? La Suisse fait un pas vers l’OTAN, attisant le débat sur la neutralité 24 Nouvelles du Palais fédéral 27 SwissCommunity news Le CSE veut une plus large participation de la «Cinquième Suisse» 31 Débat La lutte des continents Photo de couverture: en juin 2023, d’immenses masses de débris rocheux se sont précipitées sur le village de Brienz (GR), évacué à temps. Photo Keystone La «Revue Suisse», magazine d’information de la «Cinquième Suisse», est éditée par l’Organisation des Suisses de l’étranger. Revue Suisse / Octobre 2023 / N°5 3 Éditorial Table des matières

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