Revue Suisse 4/2025

grammes de construction de routes. Ils se lancèrent dare-dare dans la course à l’automobile. En 1929 déjà, une semaine internationale de l’automobile fut organisée en Haute-Engadine, qui attira 10’000 visiteurs. Dès 1934, le canton déblaya la route du col du Julier en hiver, ouvrant ainsi la toute première traversée hivernale des Alpes et faisant du parcours en voiture à travers les gorges enneigées une expérience touristique unique en son genre. Quand le tourisme de masse se développa, après 1945, et que les gens se mirent à aller en vacances de ski avec leur propre véhicule, le canton des Grisons, ancien ennemi de la voiture, était prêt. Le pays des déviations En 1958, le deuxième tronçon autoroutier de Suisse vit le jour entre Trimmis et Landquart, dans la vallée du Rhin, et le 1er décembre 1967, le premier tunnel routier sous les Alpes fut inauguré entre Hinterrhein et San Bernardino, 13 ans avant le Gothard. Les recherches de Simon Bundi montrent que le côté pionnier de ces infrastructures routières fut même célébré sur des cartes postales et conféra aux Grisons l’image d’un lieu propice à la mobilité automobile. Le développement économique fulgurant des Grisons en tant que destination touristique aurait été impossible sans l’attention portée à la voiture. Cependant, l’augmentation du trafic routier fit advenir, dans une certaine mesure, ce que les adversaires de la voiture redoutaient au début du XXe siècle: les lieux de transit, dans les vallées, se mirent à souffrir des embouteillages, de la pollution, du bruit et du risque d’accidents. Le canton réagit, et continue de le faire, en construisant de nouvelles routes pour contourner le centre des villages. «Les Grisons sont le pays des déviations, relève Simon Bundi. Aucun autre canton ne compte autant de ces contournements, souvent chers, qui servent à amener les touristes plus rapidement à destination.» Une chose n’a pas changé par rapport à l’époque où la voiture était proscrite: une grande partie du trafic toujours croissant dans les Grisons vient de l’extérieur. Dans les villes de Suisse, la voiture est sous pression; à Berne ou à Zurich, seule la moitié au maximum des ménages possèdent encore une voiture. Celle-ci reste le moyen de transport privilégié pour se rendre en montagne. Les dimanches d’hiver ensoleillés, les bouchons sur l’autoroute à la hauteur de Landquart sont devenus la norme ces dernières années. À gauche: le ton employé dans le combat contre l’automobile reprenait parfois celui de la lutte des classes. Photo MAD À droite: vue aérienne de la construction du contournement de Küblis. Le canton des Grisons est connu comme le pays des déviations. Photo MAD Simon Bundi, Isabelle Fehlmann, Flurina Graf, Christoph Maria Merki, Kurt Möser: Das Jahrhundert des Automobils. Graubünden 1925 bis 2025. Institut für Kulturforschung Graubünden. 2025, éd. AS Verlag, Zurich. Balts Nill: GR! 2025, éd. Lokwort, Berne, 24 pages. À propos des «tacots nauséabonds» et des «jouets à la mode». Une leçon de démocratie suisse. Revue Suisse / Octobre 2025 / N°4 18 Reportage

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