en place comme du ciment. Mais la hausse des températures met la pierre en mouvement, fait pénétrer l’eau de fonte en profondeur et aggrave l’érosion. Autre risque accru: les fortes pluies Le changement climatique engendre encore d’autres dangers naturels. Outre la sécheresse grandissante, la fréquence des pluies violentes augmente: l’air plus chaud peut absorber plus d’eau. Dans les vallées de montagne, la topographie fait que les grandes quantités de pluie qui tombent en peu de temps ont des conséquences fatales. En été 2024 au Tessin, des crues ont détruit des maisons, des routes et des ponts dans le haut du val Maggia. Huit personnes ont perdu la vie. Par la suite, les autorités ont étendu les zones à risques et plusieurs maisons, situées à proximité des cours d’eau, ont été déclarées inhabitables. D’autres cantons réexaminent également leurs cartes des dangers et Avenir incertain à Brienz Le scénario d’un déplacement pourrait toucher un autre village suisse de montagne: à Brienz, dans les Grisons, la paroi rocheuse au-dessus du village est en mouvement depuis un certain temps («Revue» 5/2023). En novembre 2024, les 90 habitants ont dû quitter leurs maisons pour une période indéterminée. L’accès au village, menacé par une coulée de pierre, a été fermé. Après de fortes précipitations, les éboulements ont repris de l’ampleur cet été; à la clôture de la rédaction, à la mi-août, la situation s’était un peu détendue. Les autorités martèlent que le village ne doit pas être abandonné. La construction d’une galerie de drainage, estimée à 40 millions de francs, est censée réduire la vitesse des glissements de terrain. Néanmoins, à Brienz, on se prépare à un possible déménagement. Le flanc instable du Spitzer Stein Dans l’Oberland bernois aussi, on scrute avec préoccupation les montagnes qui s’effritent, par exemple à Guttannen, qui a connu déjà plusieurs coulées torrentielles («Revue» 4/2022). Ou à Kandersteg, où le flanc instable du Spitzer Stein est surveillé depuis des années avec des instruments de mesure et des caméras. En raison de la fonte du pergélisol, plusieurs millions de mètres cubes de roche menacent de se détacher et de provoquer une coulée. Pour protéger Kandersteg contre ces dangers naturels, on construit actuellement des digues de protection pour la somme de 11 millions de francs. Les chercheurs mettent en garde: la stabilité des parois rocheuses pourrait continuer de décroître dans toutes les Alpes suisses. Des mesures réalisées par le Réseau d’observation du pergélisol PERMOS en plus de 20 endroits montrent que les températures ont nettement augmenté dans le sous-sol gelé ces dernières années. Au-dessus de 2500 mètres d’altitude, le pergélisol maintient les montagnes investissent beaucoup d’argent dans des digues contre les crues et des filets de protection contre les avalanches de pierre. Dans l’ensemble, la Suisse dépense chaque année près d’un milliard de francs dans la protection contre les dangers naturels. Les systèmes d’alerte précoce, qui permettent d’évacuer les localités à temps et sauvent ainsi des vies, en font également partie. Pour Sonia Seneviratne, climatologue à l’EPF et membre du comité du GIEC, ces mesures de protection sont importantes. Toutefois, dans un entretien accordé au portail d’actualité «Watson», elle nuance: «Face aux menaces climatiques à long terme, ces dispositifs restent des solutions de fortune». La véritable question est ailleurs, dit-elle: «Faut-il vraiment continuer à construire et habiter dans des zones de plus en plus menacées?» Dans les Alpes, relève la chercheuse, le réchauffement climatique continuera d’accroître les risques d’éboulements, de glissements de terrain et de chutes de pierres. Il faut impérativement en tenir compte dans le développement de ces régions, souligne la scientifique. «Tant que les émissions de CO2 ne baisseront pas drastiquement et que le réchauffement ne sera pas stabilisé, des drames resteront inévitables.» En haut: à Bondo (GR) les autorités ont investi 50 millions de francs dans des ouvrages de protection, dont une digue et un bassin de rétention. En 2017, un éboulement avait dévasté le village. À droite: durant l’été 2024, de fortes précipitations dans le sud de la Suisse ont provoqué d’importantes destructions. Ici, un morceau de l’A13 emporté par les eaux près de Lostallo, dans le val Mesolcina. En bas: dans le village grison de Brienz, la roche continue de s’effriter. On ignore si les personnes évacuées pourront réintégrer leurs maisons. Photos Keystone Revue Suisse / Octobre 2025 / N°4 7
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