Revue Suisse 5/2025

deux étaient d’obédience libérale-radicale, contrairement, par exemple, au chœur d’hommes de la Société de Sainte-Cécile de Fribourg, fondé en 1877 dans un environnement conservateur et religieux. La Société de Chant exprimait ses positions par des chants révolutionnaires tels que «Au bord de la libre Sarine», composé par Jacques Vogt, le fondateur de la chorale. Après la victoire des progressistes, les conservateurs ont à nouveau pris l’avantage à Fribourg dans les années 1850. Redoutant l’influence de la Société de Chant, le gouvernement tenta de mettre fin à ses activités. Ce n’est qu’en 1871 que la chorale put réorganiser une fête de chant cantonale, où elle convia la Berner Liedertafel. Ce chœur réputé, issu du nouvel État fédéral, était étroitement lié à la politique; des conseillers fédéraux faisaient partie de ses rangs. Les choristes bernois ont soutenu leurs collègues fribourgeois par solidarité, mais aussi «par devoir patriotique», pour renforcer l’unité de la toute jeune Confédération. Chanter pour la patrie «Malgré leurs différences linguistiques et religieuses, les deux chœurs ont entretenu des liens d’amitié forts», relate Caiti Hauck. Une correspondance soutenue en atteste. Les chœurs Férue de chant et de politique: la Berner Liedertafel en 1850 au vieux casino. Illustration: lithographie d’Ernst Neubauer, archives du canton de Berne Des centaines de clubs de jodel complètent la diversité stylistique des chorales. Ici, des chanteurs valaisans à la Fête fédérale des jodleurs de 1975. Photo Keystone d’hommes ont non seulement encouragé le chant collectif et géré les conflits idéologiques, mais ils voulaient aussi construire un sentiment d’appartenance nationale. Lequel s’exprima notamment lors des grandes fêtes de chant fédérales qui eurent régulièrement lieu depuis 1843, à l’instar des fêtes de gymnastique ou de tir. Le répertoire comptait des chants patriotiques comme «O mein Heimatland, o mein Vaterland», de l’écrivain Gottfried Keller et du compositeur Wilhelm Baumgartner, mais aussi des chants populaires et des hymnes à la nature. La Berner Liedertafel s’est même attaquée à des œuvres ardues, comme celles de Franz Schubert. Les chœurs mixtes et de femmes existaient déjà au XIXe siècle. «Certains chœurs féminins participaient aux fêtes de chant cantonales et décrochaient les meilleures notes», note Caiti Hauck. Mais les chœurs masculins étaient sur le devant de la scène, comme le voulait la hiérarchie des sexes de l’époque. Chœurs pour le grand public Hans Georg Nägeli fut un pionnier du chant choral suisse. Ce compositeur Le gouvernement cantonal fribourgeois la redoutait et a tenté de lui mettre des bâtons dans les roues: la Société de Chant de la Ville de Fribourg. Illustration MAD Revue Suisse / Décembre 2025 / N°5 10 Société

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