objets dangereux pour la loutre. Rien ne les arrête, ni les clôtures de fil de fer montées à la hâte, ni les panneaux d’interdiction. Le parc zoologique entreprend des démarches contre les perturbateurs impudents et porte plainte contre eux, ce qui n’est pas du tout du goût des Bernois. Toute cette agitation autour de Peterli irrite le représentant du gouvernement municipal en charge du parc zoologique, qui exige la fin des représentations. Mais le directeur du zoo, Heini Hediger, refuse tout net. C’est la biologie qui met fin à la dispute: ayant atteint sa maturité sexuelle, la loutre, qui a plus d’un an, a cessé d’obéir sagement aux ordres. Mais même ainsi «ensauvagée», elle continue à se précipiter quand le directeur l’appelle par son nom. Elle continue de divertir le public, et celui-ci continue de jeter tout un tas d’objets stupides dans son bassin, notamment du sucre en morceaux en guise d’encas, mais aussi des lames de rasoir. Dans la nuit du 5 décembre 1941, un appât empoisonné atterrit dans le bassin. Le lendemain matin, les gardiens retrouvent Peterli morte dans son terrier. La nouvelle se répand à toute allure. Le journal «Der Bund» publie une nécrologie en hommage à ce «joyeux compagnon». Du renfort de Varsovie Déjà un des deux prédécesseurs de Peterli, que le zoo avait acquis lors de son inauguration en 1937 pour la somme de 550 francs, avait disparu sans laisser de traces. De manière générale, la faune sauvage n’est pas en sécurité dans les parcs animaliers. Ainsi, en 1951, le zoo de Zurich déplore une troisième agression mortelle d’une loutre par le public. Lors d’un de ces incidents, un animal est carrément lapidé par les visiteurs. Après la mort de Peterli, Berne renonce dans un premier temps à détenir des loutres. Puis, en 1949, le Dählhölzli recherche un spécimen pour son nouveau parc à loutres, qu’il vient d’installer dans la forêt derrière le vivarium, dans une zone protégée du zoo. Sa directrice, Monika Meyer-Holzapfel, fait chou blanc en Suisse et le successeur de Peterli arrive par avion de Varsovie. Chassée, mais peu étudiée Le destin de Peterli décide Heini Hediger à prendre les choses en main. Dans des publications et à la radio, il défend la loutre, taxée à tort de prédatrice pour les poissons. Il dément les préjugés selon lesquels les loutres engloutissent d’énormes quantités de poissons et les chassent juste pour le plaisir de tuer. Au zoo de Bâle, dit-il, les loutres absorbent en moyenne 600 grammes de nourriture par jour, et non des kilos de poissons, comme la presse le colporte. Elles mangent aussi des grenouilles, des écrevisses, des rats, des souris et des oiseaux aquatiques. Quand la Suisse décide de protéger la loutre, Heini Hediger part du principe qu’à l’exception de Créé à la fin des années 1930 au Musée d’histoire naturelle de Berne, ce diorama montre l’image qu’avait la loutre à l’époque: celle d’une dévoreuse de poissons. Photo Keystone Des primes généreuses pour chaque tir: le chasseur Rudolf Plattner avec une loutre abattue à Reigoldswil (1927). Photo tirée des archives du canton de Bâle-Ville, StABL PA 6281 02.01 quelques individus, l’espèce a déjà disparu. Pour lui, on a manqué l’occasion de mieux la connaître. Heini Hediger ne parvient pas à s’expliquer, par exemple, pourquoi la loutre ne se reproduit pas en captivité. Les connaissances scientifiques sur la faune indigène sont encore modestes. Il reste en réalité entre 80 et 150 loutres, réparties au sein de quelques populations isolées dans les Grisons Revue Suisse / Décembre 2025 / N°5 21
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