s’élevait encore à 70 %. Aujourd’hui, les moyens de paiement les plus répandus en Suisse sont la carte de débit ou de crédit qui sont utilisées pour près de la moitié des transactions. Les applications de paiement telles que Twint ont fortement progressé. Elles sont surtout appréciées par les jeunes, tandis que les personnes âgées de 55 ans ou plus ainsi que celles disposant de faibles revenus privilégient encore les paiements en espèces. Bien que l’utilisation des pièces de monnaie et des billets se raréfie dans la vie de tous les jours, 95 % de la population souhaite conserver la possibilité de payer en liquide. Comment expliquer ce paradoxe? «La liberté de choix a beaucoup d’importance en Suisse», explique Peter Eltschinger. Et le numéraire continuera de jouer un rôle clé à l’avenir. Les différents moyens de paiement se complètent, souligne notre interlocuteur. Ce qui a des avantages évidents: le cash peut être utilisé immédiatement et à tout instant, et ce L’argent liquide bientôt dans la Constitution Aujourd’hui déjà, la loi suisse impose à la BNS de fournir suffisamment d’argent liquide au pays et ce, dans la monnaie nationale, le franc suisse. Le Conseil fédéral et le Parlement sont toutefois prêts à inscrire ces deux principes dans la Constitution pour leur donner davantage de poids: ce qui est gravé dans le marbre constitutionnel ne peut être remis en question que sur décision du peuple et des cantons. Ainsi, les autorités donnent suite à l’initiative «Oui à une monnaie suisse libre et indépendante sous forme de pièces ou de billets (l’argent liquide, c’est la liberté)», déposée en 2023. Le peuple se prononcera sur ce texte ainsi que sur le contre-projet direct du Parlement le 8 mars 2026. Cette initiative populaire a été lancée par le Mouvement suisse pour la liberté (MSL) de l’ancien politicien UDC Richard Koller. Le MSL a fait parler de lui pour la première fois pendant la pandémie de coronavirus, en protestant contre le masque obligatoire et d’autres mesures comme la vaccination. Une initiative contre «la vaccination obligatoire» déposée en 2021 a été sèchement rejetée par le peuple en 2024. L’initiative sur l’argent liquide, qui sera mise en votation au printemps de 2026, pourrait avoir davantage de succès. Les initiants veulent s’assurer que «les pièces et les billets soient toujours disponibles en quantité suffisante». L’utilisation croissante des moyens de paiement électroniques, qui laissent des traces numériques, leur déplaît. De leur point de vue, l’argent liquide est le seul moyen de paiement sûr contre la surveillance des citoyens. Le peuple ne devra pas se prononcer sur l’obligation d’accepter l’argent liquide dans les magasins, les restaurants ou les transports publics. Cette exigence supplémentaire, qui fait l’objet d’une autre initiative du MSL, a échoué dès la récolte des signatures. Néanmoins, la tendance que l’on observe à de nombreux endroits, où seuls les paiements électroniques sont encore acceptés, préoccupe la politique. Le Grand Conseil genevois a récemment décidé de modifier la loi cantonale sur la restauration: les bars et les restaurants sont tenus de garantir à leur clientèle la possibilité de payer leurs consommations en cash. D’autres projets de ce type sont en préparation dans d’autres cantons. Au niveau national, une intervention politique visant à contraindre l’ensemble des prestataires à accepter l’argent liquide est en suspens. Le Conseil fédéral rejette cette obligation. (TP) tées par la machine. Au mur, une inscription lumineuse étonnante attire le regard: «Argent et valeur. Le dernier tabou». Cette décoration en lettres rouges rappelle l’exposition nationale Expo.02. À l’époque, la BNS avait chargé le curateur d’art Harald Szeemann (1933–2005) d’y réaliser un pavillon. La pièce maîtresse de l’exposition était une vitrine dans laquelle un bras robotisé enfournait méthodiquement des billets de 100 francs dans une déchiqueteuse. Ce geste provocateur de destruction de valeur était un leurre: il s’agissait de billets de banque en mauvais état, qui auraient de toute façon été détruits – comme cela se fait tous les jours dans la cave de la BNS, à l’abri des regards. Pratiques de paiement paradoxales Pour terminer la visite, l’ascenseur nous ramène en haut, à la lumière du jour. Dans le «Salon bleu» lambrissé de bois, où se réunit le Conseil de banque de la BNS, Peter Eltschinger nous éclaire sur les pratiques de paiement de la population. De moins en moins de personnes utilisent de l’argent liquide. D’après un sondage réalisé par la BNS en 2024, les particuliers n’effectuent plus que 30 % de leurs transactions quotidiennes avec des espèces. En 2017, la part de cash Les billets de banque en mauvais état finissent dans la déchiqueteuse. En 2024, quelque 30 millions de billets ont été détruit et 41 millions de nouveaux billets ont été mis en circulation. Photo SNB Revue Suisse / Décembre 2025 / N°5 6 En profondeur
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