Revue Suisse 4/2020
Revue Suisse / Juillet 2020 / N°4 23 Une fois bébé arrivé, bon nombre de pères souhaitent plus de jours de congé Voilà bientôt deux décennies que la Suisse discute de l’introduction d’un congé paternité. Jusqu’ici, le Parlement s’y est toujours opposé. Mais la tendance est en train de changer, et le peuple pourra prendre une décision clé en septembre. qué le Gripen, pas encore opération- nel à leurs yeux, les débats internes à l’administration avaient transpiré à l’extérieur, et le conseiller fédéral alors en charge de la défense, Ueli Maurer (UDC), avait été attaqué de toutes parts. Le refus du peuple était ainsi à prévoir. Une ministre de la défense très populaire La situation d’aujourd’hui n’est pas la même non plus parce que la ministre de la défense Viola Amherd est très ap- préciée, d’après les sondages. La popu- larité dont elle jouit lui facilite la tâche pour promouvoir les Forces aériennes suisses également au-delà des cercles de droite. Elle le fait visiblement avec succès: en 2019, un sondage de l’EPF Zurich montrait qu’une majorité des Suisses interrogés considéraient l’ar- mée comme nécessaire et trouvaient que le pays dépensait une somme tout juste suffisante, voire insuffisante, pour sa défense. Pour les anti-armée, le combat pourrait donc s’avérer ardu. Lewin Lempert, membre du comité référen- daire, n’est pas de cet avis. Pour lui, les arguments du «non» sont tout à fait so- lides: «Ce projet nous propose un achat les yeux fermés, car on ne connaît pas le type d’avion.» En outre, les nou- veaux avions de combat pourraient coûter dans les 24 milliards de francs sur toute la durée de leur vie. Des chiffres de l’étranger l’ont montré. Il souligne également qu’une dépense de six milliards de francs pour des avions de combat en pleine crise du co- ronavirus serait «difficile à justifier». Quels arguments l’emporteront: ceux de la Confédération ou ceux du comité référendaire? Réponse cet au- tomne. MIREILLE GUGGENBÜHLER À la naissance de son premier enfant, Hauke Krenz a reçu un seul jour de congé de son employeur. C’était il y a cinq ans. Ensuite, il aurait dû laisser sa femme et son nouveau-né seuls, et retourner au travail. Mais pour lui, il n’en était pas question: «J’aurais eu mauvaise conscience. Je voulais faire partie de cette famille dès le début, endosser des responsabilités et nouer un lien étroit avec mon enfant», ex- plique ce père vivant dans la com- mune genevoise de Lancy: «Un jour de congé, ce n’est souvent même pas suf- fisant pour vivre pleinement la nais- sance.» Cet économiste d’entreprise a donc utilisé son congé annuel pour pouvoir être auprès de sa femme et de son enfant pendant les semaines sui- vant la naissance. En même temps, il s’est «plaint avec véhémence» à son employeur de ne pas avoir la possibi- lité de prendre un congé paternité plus long. Entre-temps, l’ancien em- ployeur de Hauke Krenz a changé sa politique familiale: à la naissance de son deuxième enfant, il y a deux ans, l’économiste a pu prendre dix jours de congé paternité. Un changement culturel est apparemment enmarche. Les jeunes employés cherchent des modèles de congé attrayants De fait, Hauke Krenz n’est pas un cas isolé. En Suisse, de nombreuses jeunes familles sont aujourd’hui d’avis que les pères ont eux aussi un rôle impor- tant à jouer après la naissance. Par conséquent, de plus en plus d’entre- Hauke Krenz et ses deux enfants: son exemple illustre le changement qui s’opère au sein de la société. Photo DR
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