Revue Suisse 4/2020
Revue Suisse / Juillet 2020 / N°4 24 tefois retiré son initiative il y a un an en faveur d’un contre-projet du Par- lement, qui a proposé un compromis de dix jours de congé. Mais certains jugent que même ce compromis va encore trop loin. Un comité interpar- tis qui s’oppose «à la hausse constante des ponctions sur les salaires» a ras- semblé des signatures pour un réfé- rendum, et obtenu ainsi de force la votation qui s’annonce. Contre: les pères sont responsables «pendant 18 ans» L’image du père est en train de chan- ger en Suisse, les opposants au projet ne remettent pas cela en question. «De nombreuses jeunes femmes pos- sèdent aujourd’hui une excellente formation, et veulent continuer de travailler même après une naissance», déclare la conseillère nationale UDC Diana Gutjahr, elle-même à la tête d’une entreprise et, avec d’autres po- liticiens de droite, du comité référen- daire. D’après elle, le comité ne désapprouve pas le fait que de nom- breux pères veuillent aujourd’hui jouer un rôle actif au sein de la fa- mille. Mais: «Un congé paternité de dix jours payé par l’État ne fait pas de l’homme un père prévenant. Les pères doivent être prêts à assumer leurs responsabilités et à être pré- sents pour leurs enfants pendant 18 ans au moins.» Deux autres points déplaisent en outre au comité référendaire: le fi- nancement des deux semaines de congé, qui relève dans le projet du ré- gime des allocations pour perte de gain à l’instar du congé maternité, et l’ingérence de l’État dans le marché du travail libéral. «Les assurances so- ciales sont déjà endettées à présent: il ne faut pas les mettre davantage à contribution. Elles sont là pour amor- tir les difficultés financières, non pour exaucer tous les désirs de luxe», assène Diana Gutjahr. Elle souligne Politique prises proposent un congé paternité pour rester attrayantes auprès des jeunes employés. L’entreprise phar- maceutiqueNovartis, par exemple, est la pionnière suisse en matière de congé paternité: elle octroie 90 jours de congé aux pères qui travaillent chez elle après la naissance d’un enfant. Des entreprises comme Migros, Coop ou Swisscom accordent 15 jours. Il faut savoir que le congé paternité en tant que tel n’est pas légalement ré- glementé en Suisse. Seul le congé ma- ternité de 14 semaines est inscrit dans la loi. Après la naissance de leurs en- fants, les pères n’ont toujours droit qu’à un seul jour de congé. Les em- ployeurs sont libres de leur accorder ou non un congé paternité plus long. Mais cela pourrait bientôt chan- ger, et tous les pères se verraient at- tribuer le droit de prendre dix jours de congé – d’un seul tenant ou un à un – au cours des six premiers mois sui- vant la naissance de leur enfant. C’est du moins ce que prévoit le projet sur lequel les Suisses voteront le 27 sep- tembre 2020. Plus de 30 tentatives sans succès En Suisse, le congé paternité fait débat depuis des années déjà. À compter de 2003, 30 interventions parlemen- taires ont été déposées au plan fédéral pour demander un congé paternité ou un congé parental à répartir entre la mère et le père. Mais le Parlement s’y est toujours opposé. L’argument mas- sue a chaque fois été lemême: les coûts. D’après les calculs de la Confédération, l’actuel projet de congé paternité coû- terait 230 millions de francs par an. C’est la première fois que la popu- lation suisse peut se prononcer direc- tement sur un congé paternité légal de dix jours, et cela est le fruit d’une initiative populaire déposée en 2017, qui exigeait un congé paternité de quatre semaines. L’association «Le congé paternité maintenant!» a tou- qu’on prive ainsi également les entre- prises de la possibilité de réglemen- ter individuellement le congé pater- nité et de se doter ainsi d’un avantage concurrentiel. Pour: il faut dans tous les cas un «père présent» Or, ce sont justement les réglementa- tions individuelles qui gênent les par- tisans du projet: «Pour qu’une vie de famille commence bien, il faut un père présent. Les pères devraient donc tous avoir la possibilité d’y prendre part dès le début, et pas seu- lement ceux qui peuvent s’offrir un congé non payé ou qui travaillent dans une entreprise proposant déjà un congé de paternité plus long», re- lève Adrian Wüthrich, homme poli- tique PS et président de Travail Suisse, l’organisation faîtière des travailleurs. «Par ailleurs, la Suisse est le seul pays qui n’a pas de congé paternité ou de congé parental légal en Europe», sou- ligne-t-il, «alors que les pères jouent depuis longtemps un rôle central dans la garde des enfants.» Quel que soit le résultat de la vo- tation: Hauke Krenz n’a jamais re- gretté sa décision de rester plus long- temps à la maison après la naissance de ses enfants. «Je pense que cela per- met de créer un lien plus naturel et plus étroit avec l’enfant», déclare-t-il. Et il amême renforcé ce lien, puisqu’il s’occupe actuellement de ses enfants à plein temps et a provisoirement laissé sonmétier de côté. Explication: «Dans dix ans, je ne veux pas me dire que j’ai manqué cette période.» Le syndicaliste Adrian Wüthrich: «Les pères jouent de puis longtemps un rôle central dans la garde des enfants.» Photo parlament.ch Diana Gutjahr, re présentante du sec teur économique: «Un congé paternité de dix jours payé par l’État ne fait pas de l’homme un père prévenant.» Photo parlament.ch
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