Revue Suisse 5/2020
Revue Suisse / Septembre 2020 / N°5 12 Reportage tous les cas, les touristes arrivent à La Brévine avec un thermomètre en tête. «Les gens me disent qu’il ne fait pas si froid que ça», rapporte le patron dumagasin de sports. Sur les hauteurs de la vallée, longue d’une vingtaine de kilomètres, le froid, même s’il a dimi- nué de quelques degrés en hiver, rend tout de même le travail des paysans beaucoup plus pénible qu’ailleurs en Suisse. Le froid du temps et la chaleur des cœurs Au Cernil, à 1200 mètres d’altitude, Kevin et Grégory Huguenin racontent leurs journées de grand froid auprès de leurs 100 bovins. À 5 heures duma- tin, le travail commence parfois avec des coups de pioches pour dégeler les portes et au chalumeau pour réchauf- fer les extrémités des tuyaux des abreuvoirs «C’est un combat perpé- tuel contre le froid», résume Grégory, qui se souvient de son premier hiver de travail au Cernil, avec un thermo- mètre à – 15 et à près de – 30 degrés dans leur ferme du bas, au Brouillet. Malgré cela, ou peut-être à cause de cela, les deux jeunes frères, qui for- ment la 7 e génération des Huguenin dans la vallée, aiment leur pays. À la dureté des éléments, répondrait la chaleur des cœurs. «Ici, tu sonnes chez n’importe qui, on t’invite àman- ger», dit Kevin. «La vallée compte peu d’habitants, soit environ 1500, mais les gens partagent», résume son frère. Les nuits fraîches de l’été L’été, la vallée et ses trois villages, où seule la Brévine accumule des records de froid, se transforment en un havre de soleil et de fraîcheur nocturne. À 2 kilomètres du village, le lac des Tail- lières, gelé en hiver, offre ses eaux brunes aux véliplanchistes et adeptes du kitesurf. Le haut plateau res- semble à une steppe. Les balades y sont belles et nombreuses, avec no- tamment un sentier des bornes fron- tières qui furent tracées en 1819 à la lisière de la France, toute proche. Une promenade historique offre 18 pan- Les secrets du froid Le climat glacial de La Brévine a plusieurs origines. La première est que ce village baigne dans une cuvette fermée, où le froid stagne. Ce phénomène météorologique est appelé «lac d’air froid». Il nécessite une haute-pression atmosphérique, un ciel dégagé, une absence de vent et de la neige. Lorsqu’il a lieu, les cols et sommets alentours peuvent présenter des écarts de température allant jusqu’à près de 30 degrés par rapport au fond de la vallée. C’est ce qu’a montré une étude menée fin 2014 par l’Institut de géo- graphie de l’Université de Neuchâtel. (SH) neaux pour se faire une idée de ce pays de neige et de froid. À la station numéro 13, où nous a amenés Gene- viève Kohler, la présidente de la So- ciété d’embellissement locale, on dé- couvre une belle bâtisse, qui est habitée par les parents des frères Hu- guenin. Le pavillon cache une an- cienne source d’eau ferrugineuse, qui fut un lieu de cure. Autre histoire d’eau, celle du ruis- seau du village. Nommé le Bied, il dis- paraît dans un «emposieu», un puits naturel, pour ressortir dans le Val-de- Travers. Celui de La Brévine est planté en plein village. Il ressemble à un canyon. En 2018, le dit trou s’est en- gorgé, provoquant une inondation. «Les gens avaient 30 centimètres d’eau dans leur maison», se souvient le président de la commune. Quant au patron de l’Hôtel-de-Ville, il voit ici l’un des facteurs expliquant le climat sibérien de La Brévine. «Dans d’autres vallées deMontagnes neuchâteloises, le cours d’eau suit son cours en sur- face et emporte le froid, estime Jean-Daniel Oppliger. Mais ici, le Bied disparaît et le froid demeure.» Cette explication est-elle vraie? Mystère, mais à La Brévine, la violence du cli- mat nécessite forcément une foule d’explications. En hiver, La Brévine ressemble à une carte postale. Lorsqu’il y a assez de neige, le lieu at- tire les amateurs de randonnée en ra- quettes et tout parti- culièrement les fon- deurs, malgré le froid. Photo Keystone Reproduction avec l’accord de swisstopo (BA200147)
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