Revue Suisse 4/2021

Revue Suisse / Août 2021 / N°4 24 Politique Les manifestations de jeunes activistes du climat (comme ici à Berne) n’ont pas réussi à convaincre la majorité des vo- tants, qui a rejeté la loi sur le CO 2 et, avec elle, ce qui était jusqu’ici l’élément majeur de la poli- tique climatique suisse. Photo Marc Lettau THEODORA PETER La loi sur le CO 2 était un compromis bien suisse, qui semblait bénéficier d’une large assise après la vague verte observée lors des élections nationales. Toutefois, le peuple a mis son veto, avec 51,6% des voix, aux mesures pré- vues de réduction des émissions no- cives pour le climat. Une petite majo- rité des Suisses n’était visiblement pas prête à dépenser davantage pour des billets d’avion ou de l’essence. Mais le projet a également été combattu par certains jeunes activistes du climat, qui le trouvaient trop léger pour lutter contre le réchauffement climatique mondial. Enfin, la loi sur le CO 2 a éga- lement échoué parce que le PLR n’est pas parvenu à convaincre son électo- rat libéral de dire oui aux taxes incita- tives et aux interventions de l’État. La présidente du PLR, Petra Gössi, qui avait joué un rôle clé dans l’inflexion verte de son parti (voir «Revue» 5/2020), a annoncé sa démission le len- demain de la votation, en indiquant toutefois que son départ n’était pas lié au résultat du scrutin. La ministre de l’environnement, Simonetta Sommaruga (PS), se re- trouve elle aussi dans une situation désastreuse. «Le projet était probable- ment surchargé et offrait ainsi de nombreux angles d’attaques», déclarait-elle après la votation. La conseillère fédérale n’interprète pas le vote du peuple comme le rejet absolu d’une protection climatique accrue, mais elle a souligné qu’il serait à pré- sent «très difficile» d’atteindre les ob- jectifs de l’accord de Paris sur le climat. La Suisse s’est en effet engagée à ré- duire de moitié ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 et à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. «Sans mesures supplémentaires, cela ne sera guère possible», a noté la ministre. À court terme, elle mise sur les instru- ments qui n’ont pas donné lieu à une controverse pendant la campagne, no- tamment l’exonération de la taxe sur le CO 2 des entreprises investissant dans des solutions en faveur du climat. L’espoir de l’initiative pour les glaciers Les perdants du scrutin placent à pré- sent leurs espoirs dans l’initiative po- pulaire pour les glaciers. Déposée en novembre 2019 déjà, celle-ci veut an- crer les objectifs de l’accorddeParis sur le climat dans la Constitution et inter- dire l’utilisation d’énergies fossiles comme le gaz naturel, le pétrole et le charbon. L’initiative est portée par des organisations écologistes et des repré- sentants de tous les partis sauf l’UDC, qui a combattu la loi sur le CO 2 . Le Parlement se penchera sur cette initiative et sur un éventuel contre­ projet ces prochainsmois avant que le peuple puisse donner son avis. Le Conseil fédéral a par ailleurs annoncé un projet pour encourager les énergies indigènes renouvelables. Les partis verts de gauche et le mouvement pour le climat ont les banques et les assurances dans le col- limateur. En fin de compte, le secteur financier est l’un des grands respon- sables de la crise climatique du fait des investissements nuisibles à l’environ- nement. Une initiative populaire sera- t-elle lancée à ce sujet? On l’ignorait encore à la clôture de la rédaction. De leur côté, les Jeunes Verts recherchent des soutiens pour leur «initiative pour la responsabilité environnementale», qui vise à protéger les milieux natu- Le peuple suisse freine la vague verte dans les urnes La Suisse s’écarte de la voie climatique qu’elle avait suivie jusqu’ici. Après le rejet par le peuple d’une loi sur le CO 2 renforcée, les objectifs de l’accord de Paris sur le climat seront encore plus difficiles à atteindre.

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