Revue Suisse 1/2023

de filtrer de nombreux composés chimiques. Cependant, «la nouvelle permet de nettoyer beaucoup mieux encore les eaux usées», relève Michael Baumann. Et le succès est certain: cette station d’épuration est l’une des raisons majeures pour lesquelles le lac de Brienz, comparé à d’autres lacs suisses, se porte très bien en ce moment. Ce grand lac, situé à la lisière des Alpes et encore fortement pollué en azote dans les années 1980, est aujourd’hui considéré comme le plus propre de Suisse. Il possède un écosystème relativement intact, dans lequel les organismes animaux – notamment des crustacés comme les puces aquatiques, mais aussi des larves d’insectes ou des vers – prospèrent. Ces organismes servent de nourriture aux poissons. Lorsqu’ils sont nombreux dans un plan d’eau, c’est signe que celui-ci est relativement propre. La bonne santé du lac de Brienz a été attestée il y a un an dans un rapport commandé par l’Office fédéral de l’environnement. Pêcheurs et poissons ont vécu des temps difficiles La bonne santé actuelle du lac contraste fortement avec l’état préoccupant dans lequel il se trouvait par le passé. Et qui inquiétait beaucoup Beat Abegglen, entre autres. Ce pêcheur professionnel vit à Iseltwald, un ancien petit village de pêche situé sur la rive sud du lac de Brienz. À la fin des années 1980, il y a monté son entreprise de pêche. Peu après, cependant, le produit de son activité s’est effondré. «Au milieu des années 1990, les poissons de quatre ans pesaient entre 150 et 200 grammes en moyenne, et autour des années 2000, plus que 40 grammes, relate Beat Abegglen. Une telle perte de poids et un recul aussi drastique des produits de la pêche sont toujours un signe que quelque chose cloche dans l’eau.» En même temps que Beat Abegglen, les experts de l’Office des eaux du canton de Berne ont remarqué que les puces d’eau, ou daphnies, avaient elles aussi disparu. Or, ces dernières, qui font partie du plancton, sont la principale source de nourriture des corégones, les espèces de poissons les plus répandues dans le lac de Brienz. Sur la base de toutes ces observations, le canton de Berne a commandé un projet de recherche pour expliquer les raisons de la diminution du produit de la pêche et des puces d’eau. Les analyses ont montré que les changements observés étaient liés à une baisse des nutriments dans le lac, principalement due à la réduction massive des apports en phosphore – issu notamment des matières fécales ainsi que des produits de lessive et de nettoyage. D’après le rapport de recherche, cette réduction était quant à elle le résultat des «efforts consentis depuis des décennies à la protection technique des eaux», soit le fruit de la qualité du travail effectué dans la station d’épuration. Pour le lac de Brienz, déjà naturelleLa nouvelle station d’épuration de Brienz, que supervise Michael Baumann, est en grande partie responsable de la bonne qualité des eaux du lac. Le pêcheur Beat Abegglen a traversé des années difficiles quand les produits de la pêche se sont effondrés. Aujourd’hui, il remonte à nouveau davantage de poissons dans ses filets. 11

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