Revue Suisse 4/2025

13 STÉPHANE HERZOG Que faire face à une dictature? Une plaque commémorative posée à Neuchâtel en mai, en souvenir de Maurice Bavaud, auteur à 22 ans d’une tentative d’assassinat de Hitler, soulève cette interrogation. «On pourrait souhaiter qu’il y ait plus de gens comme lui dans le monde pour tuer ces monstres», a déclaré lors de la cérémonie l’ancien médecin Jean-François Burkhalter, 81 ans, à l’origine de cet hommage. Issu d’une famille catholique modeste, Maurice Bavaud avait décidé d’agir. «Le Führer représent[ait] à ses yeux une menace pour l’indépendance de la Suisse, l’humanité et la catholicisme», peut-on lire dans les actes de son procès, en 1939, auquel nul diplomate suisse n’avait assisté. En 1938, de retour d’un séminaire en Bretagne qui l’avait préparé à devenir missionnaire, le jeune homme avait pris le train pour l’Allemagne. Les dirigeants favorisaient alors les échanges avec la Suisse et n’entravaient guère les visites de Suisses dans le Reich, comme le rappelle l’historien Marc Perrenoud. Maurice Bavaud réussit à approcher Hitler le 9 novembre à Munich lors d’un défilé. Il est empêché de tirer par des bras levés pour saluer le dictateur. Voyageant sans ticket, il se fait arrêter. De son côté, l’ambassade suisse à Berlin, dirigée par un certain Hans Frölicher «ne souhaite pas user le goodwill de l’Allemagne auprès de la Suisse pour ce personnage», commente l’historien neuchâtelois. Sollicité par les autorités allemandes, le Ministère public diligente une enquête sur le jeune homme, envoyant aux autorités nazies un message où il est décrit comme homosexuel. Le père de Maurice propose que des Allemands emprisonnés en Suisse soient échangés pour que son fils échappe à la mort. L’administration suisse ne donnera aucune suite à cette proposition. Durant le procès, l’avocat commis d’office souligne que le jeune Bavaud n’a pas tiré un seul coup de feu. En vain. Sa famille recevra une dernière lettre de sa prison de Plötzensee. «Je vous embrasse bien serrés car c’est la dernière fois». Maurice est guillotiné le 14 mai 1941. Il n’y a pas de sépulture. Dans les années 1950, les Bavaud recevront 40’000 francs d’indemnités de la part de la République fédérale allemande pour solde de tout compte. En 1979, l’écrivain allemand Rolf Hochhuth fait de Bavaud un nouveau Guillaume Tell. En 1980, le journaliste Nicolas Meienberg publie à son tour un ouvrage à sa mémoire. La Suisse aurait-elle pu sauver Bavaud? Marc Perrenoud cite le cas d’un autre Neuchâtelois, le pasteur Roland de Pury, arrêté en 1943 dans un temple à Lyon. Proche de la résistance française, l’homme sera sauvé après un échange avec des espions allemands. De Pury et sa famille disposaient de relations et de contacts qui manquaient à la famille Bavaud. En 1989 et en 2008, les conseillers fédéraux René Felber puis Pascal Couchepin ont reconnu que la diplomatie suisse n’avait pas été assez active pour sauver Bavaud. La plaque commémorative consacrée à ce catholique comporte un portrait de lui en bas-relief. Elle a été apposée sur une maison située entre sa demeure natale et celle qu’il a quittée en partant en Allemagne. Une stèle à sa mémoire s’élève au bord du lac de Neuchâtel et une autre plaque (posée en 1998) sur la maison où il est né. «Mais là, on voit son visage», souligne l’ancien médecin. Son projet? Faire élever un monument à sa mémoire devant Plötzensee. Maurice Bavaud: ce Suisse qui avait tenté de tuer Hitler En mai, une plaque commémorative a été placée à Neuchâtel par une association pour rappeler le parcours du jeune catholique Maurice Bavaud, guillotiné en Allemagne en 1941 pour avoir prémédité l’assassinat d’Hitler. La Suisse n’avait pas essayé de sauver son ressortissant. Maurice Bavaud. Photo Handout Filmkollektiv Zürich Revue Suisse / Octobre 2025 / N°4 Société

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