sibles», relève Stefan Müller-Altermatt, père d’un petit garçon venant d’Arménie et conseiller national centriste, car des documents complets et transparents sont impératifs aujourd’hui. Les personnes directement concernées refusent d’être stigmatisées. Le message qu’on envoie aux enfants adoptés, disent-elles, est qu’ils ne devraient pas être ici, et à leurs parents, qu’ils ont fait quelque chose de répréhensible. Cela est injuste à leurs yeux, et ne correspond pas à la réalité. Les premières victimes d’une interdiction, comblé. Un acte qui n’était guère remis en question. Voici ce qu’on lit dans un rapport d’experts: «Tout comme pour ce qui concerne la médecine de la reproduction aujourd’hui, la société considérait que les parents adoptifs avaient, par principe, le droit d’obtenir un enfant». Cet intérêt particulier était légitimé par l’idée qu’il s’agissait là d’un geste charitable. La Confédération et les cantons doivent à présent assumer leurs responsabilités, déclare Sarah Ineichen: «Ils ont toléré le trafic de bébés pendant des décennies et l’ont même rendu possible», en protégeant trop peu les enfants et leurs familles biologiques contre l’exploitation. Aujourd’hui, toute une génération d’adoptés souffre des conséquences de cela. «Nous attendons des excuses pour le préjudice subi ainsi qu’un soutien ciblé dans la recherche de nos origines.» Pour prouver que des documents ont été falsifiés, il est par exemple nécessaire d’effectuer des tests d’ADN dans les pays d’origine. Vivre avec des questions en suspens Découvrir des informations incertaines, floues, voire fausses concernant les premières semaines de sa vie est traumatisant, explique Andrea Abraham. Les personnes concernées doivent vivre avec des lacunes dans leur biographie, ce qui a un impact sur leur identité et leur sentiment d’appartenance. «En Suisse, des milliers d’adultes vivent avec des questions en suspens.» Le Conseil fédéral veut interdire les adoptions internationales. «C’est le seul moyen de se prémunir entièrement contre les pratiques abusives», avance le ministre de la justice, Beat Jans. Contrôler les processus dans les pays d’origine, relève-t-il, est extrêmement difficile et coûteux. Des progrès considérables ont certes déjà été réalisés, notamment grâce à la Convention de la Haye de 2003 sur l’adoption, mais le système a ses limites. Le Conseil fédéral veut concrétiser ses projets d’ici la fin de 2026. Une interdiction pourrait alors entrer en vigueur en 2030 au plus tôt. Les personnes directement concernées s’opposent vigoureusement au Conseil fédéral. Adopté en Inde à un très jeune âge, le conseiller national PEV Nik Gugger témoigne: «Si je n’avais pas été adopté à l’étranger, je Nik Gugger est opposé à des restrictions trop strictes. Né en Inde et adopté par des parents suisses, il parle d’une chance: grâce à l’adoption, il a «grandi dans une famille aimante». Photo Keystone n’aurais sans doute jamais grandi dans une famille aimante». Pour éviter une interdiction générale, il a lancé une pétition et rassemblé plus de 10’000 signatures en un mois. Avec la Convention de la Haye, des règles de protection efficaces ont déjà été introduites, note Nik Gugger, qui précise toutefois que la Suisse devrait poser des exigences élevées aux pays d’origine et garantir un accompagnement compétent. «Les pratiques d’autrefois ne sont plus posavertissent-elles, seraient les orphelins et les enfants abandonnés. Pour les Suisses de l’étranger, la réforme ne changerait rien. «Ils pourront continuer à adopter des enfants conformément aux règles du pays où ils vivent», indique Joëlle SchickelKüng, de l’Office fédéral de la justice. Une adoption à l’étranger est en principe reconnue en Suisse si elle s’est faite dans le pays de résidence de l’adoptant. Revue Suisse / Octobre 2025 / N°4 15
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