Revue Suisse 4/2025

THEODORA PETER «Les ultra-riches détruisent notre avenir avec leurs jets privés, leurs super-yachts et leurs investissements de plusieurs milliards nuisibles au climat. En quelques heures, ils émettent plus de CO2 que nous pendant notre vie entière», écrit la Jeunesse socialiste (JS). Au printemps 2024, la section jeune du PS Suisse a déposé l’initiative populaire «Pour une politique climatique sociale financée de manière juste fiscalement (initiative pour l’avenir)», dans laquelle elle exige un impôt spécial pour les plus riches, avec pour devise «Make the rich pay for climate change», autrement dit «Faire payer l’addition du changement climatique aux riches». Sont visés les héritages et les donations de plus de 50 millions de francs. Qui hérite de moins resterait épargné. Tout ce qui dépasse ce plafond d’exonération, en revanche, serait taxé à 50 %: la moitié de la part héritée reviendrait ainsi à l’État. D’après les initiants, la hausse des recettes fiscales pourrait ainsi atteindre six milliards par an. Cet argent serait utilisé «pour lutter contre la crise climatique de manière socialement juste» et «permettre la transformation de l’ensemble de l’économie», déclare le texte de l’initiative. Pour ce faire, des investissements de plusieurs milliards sont nécessaires ces prochaines années, déclare la présidente de la JS Suisse, Mirjam Hostetmann: «Sans une contribution équitable des ultra-riches, toute la population devra passer à la caisse à la fin.» Des entrepreneurs menacent de s’en aller D’après une étude de l’université de Saint-Gall, l’initiative concerne quelque 2900 contribuables en Suisse. Ensemble, ces derniers détiennent près de 560 milliards de francs, ce qui correspond à 20 % de la fortune totale imposable en Suisse. Les auteurs de l’étude relèvent qu’une partie de ces «personnes très fortunées» pourraient quitter la Suisse pour échapper à cet impôt. Dans ce cas, les caisses de l’État récolteraient nettement moins d’argent – un milliard de francs de plus par an au maximum. Chez les personnes concernées, l’initiative déclenche parfois de vives réactions. L’entrepreneur Peter Spuhler, qui fait partie des Suisses les plus riches, avec une fortune estimée à quatre milliards de francs, parle d’un «projet d’expropriation». Dans un entretien accordé à un journal, le patron de l’entreprise de construction de matériel roulant ferroviaire Stadler Rail a même menacé de s’expatrier, par exemple en Autriche, où l’impôt sur les successions n’existe pas. En Faut-il taxer les ultra-riches pour la protection du climat? En Suisse, les personnes qui héritent de plus de 50 millions de francs devront-elles payer des impôts pour la protection du climat? C’est ce qu’exige la JS Suisse avec son «initiative pour l’avenir», qui sera mise en votation populaire le 30 novembre 2025. Ce projet polarise l’opinion. Suisse, ses descendants devraient, en cas d’héritage, verser plus de 1,5 milliard de francs à l’État si l’initiative était acceptée. Pour Peter Spuhler, c’est une aberration: «Ma fortune ne dort pas sur un compte en banque: je l’investis presque à 100 % dans mes entreprises et plusieurs petites sociétés.» Pour payer ces impôts, alerte l’entrepreneur, ces sociétés devraient être vendues, dans le pire des cas à des investisseurs étrangers. Pour les initiants, ces craintes sont infondées: les entreprises pourraient payer leur dette fiscale de manière échelonnée ou emprunter de l’argent pour ce faire, note la présidente de la JS. L’économiste Volker Grossmann, professeur à l’Université de Fribourg, considère lui aussi que cette nouvelle dette ne poserait pas de problèmes aux entreprises familiales, dans la mesure où elles se portent bien. «On exagère énormément l’impact que cela aurait sur l’économie», a-t-il déLes auteurs de l’initiative l’ont présentée en 2022 à un endroit qui symbolise, à leurs yeux, les problèmes environnementaux à résoudre: dans le lit de la rivière Emme, presque asséchée. Photo Keystone Revue Suisse / Octobre 2025 / N°4 20 Politique

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