The Young Gods, groupe fondé en 1985, sort son treizième album. Dans «Appear Disappear», l’ambiance est rugueuse et appelle à la résistance. Pour un amateur de rock qui écouterait le dernier opus de ce groupe suisse, la furie du disque pourrait faire penser à U2. Mais pas pour le connaisseur qui sait que ce sont plutôt les Suisses qui ont influencé les Irlandais! Né en 1985 à Genève et cofondé par le Fribourgeois Franz Treichler, le groupe des «Gods» a influencé nombre de groupes, dont celui des stars irlandaises citées plus haut, mais aussi David Bowie, ou encore les Allemands de Rammstein. À la base de leur musique, on trouve un rock sans guitare et une utilisation inventive du sampler, outil qui permet d’enregistrer les sons de n’importe quelle source pour les triturer de toutes les manières possibles. Comme l’ont fait les rappeurs, puis les créateurs de musique électronique. Sorti en juin, «Appear Disappear» se présente comme un opus rock, qui laisse cette fois place à des guitares. Certains morceaux de la discographie des Young Gods sont réservés aux connaisseurs. Mais ce disque reste accessible. Young Gods souhaitait produire un album rugueux. C’est réussi! Cette livraison se nourrit des tensions de notre monde. «Appear Disappear», nom du premier titre, est une cavalcade de batterie, déchirée par des guitare saturées. Ce morceau court laisse place à «Systemized», où Franz Treichler crie «je ne suis pas l’ennemi», dans l’anglais un peu bizarre qui le caractérise. Il faut se plier à plusieurs écoutes pour apprivoiser «Appear Disappear». Est-ce un disque noir? Dans «Shine That Drone», le texte célèbre la résistance. «Je chante l’histoire d’une foule qui se met à danser et à taper sur le sol pour faire monter la poussière, qui à son tour perturbe les drones», a expliqué le chanteur au journaliste musical Daniel Koch. «Appear Disappear» est donc plus une invite au combat qu’un tableau de l’Apocalypse. Le néophyte peut très bien commencer par écouter cet album, puis découvrir rétrospectivement le trajet des «Gods». Ce chemin plairait sans doute à la bande de Franz Treichler (guitare, chant), Cesare Pizzi (sampling, électronique) et Bernard Trontin (batterie), eux qui considèrent les sons comme un matériau malléable à merci. Et la Suisse dans tout ça? Les exégètes ont vite fait de remarquer qu’un passage du disque – «I spend my time in the brain of the monster» – était une citation. En visite en Suisse en 1964, Che Guevara avait en effet utilisé cette formule pour évoquer la riche Helvétie, terre paisible, riche en banques pas toujours au-delà de tout soupçon – comme l’a dit son ami Jean Ziegler. STÉPHANE HERZOG Cet été, au Championnat d’Europe en Suisse, le football féminin a atteint de nouvelles sphères: nombre record de spectateurs, matchs captivants, euphorie dans les stades et les fan zones. Dans cette prestigieuse arène, l’équipe nationale suisse – la «Nati» – a enthousiasmé le public local et décroché une première place en quart de finale de l’Euro. Cet été de rêve en rouge et blanc ne doit pas faire oublier que les footballeuses, en Suisse, ont longtemps été mises sur la touche. Jusque dans les années 1960, l’accès à cet univers dominé par les hommes leur était interdit. Certes, la Fédération nationale suisse, contrairement à l’Angleterre ou à l’Allemagne, n’interdisait pas formellement le football féminin. Mais les pionnières ont tout de même dû se battre comme des lionnes pour avoir le droit de «taper dans un ballon», rappellent l’historienne Marianne Meier et la chercheuse en études de genre Monika Hofmann dans leur livre. Parmi ces pionnières figuraient par exemple les sœurs Monika et Silvia Stahel, qui, en 1963, ont fondé la première équipe de football féminine, le FC Goitschel, à Murgenthal, un village d’Argovie. Les succès croissants de ces footballeuses ont aussi fait croître leurs ambitions: elles ne voulaient plus se contenter de donner un spectacle «exotique» lors des tournois de village. Mais elles se sont cassé les dents en demandant à l’Association suisse de football (ASF) de reconnaître officiellement la compétition féminine. Pour amadouer les joueuses déçues, l’ASF leur a proposé une formation d’arbitre. Les Argoviennes auraient préféré jouer elles-mêmes, mais elles ont tout de même saisi cette opportunité pour faire leurs preuves autrement sur un terrain de foot. Les «dames au sifflet» n’arbitraient toutefois que les matchs des juniors. Le tournant s’est produit en 1970, avec la fondation de la ligue suisse de football féminin, qui a été intégrée à l’ASF 20 ans plus tard. C’est aussi au début des années 1970 que les premiers matchs nationaux ont eu lieu. Parmi les meilleures joueuses de la «Nati» se trouvait Madeleine «Mado» Boll, qui était sous contrat avec le club milanais ACF Gomma Gomma. Cette footballeuse de talent était partie en Italie après avoir été freinée dans ses ambitions en Suisse. Lorsqu’elle était enfant, «Mado» jouait au football avec les juniors (masculins) du FC Sion, et avait même reçu une licence de l’ASF en 1965. Qui lui fut retirée quand l’association remarqua son «erreur». La joueuse n’abandonna pas son rêve, et prépara le terrain pour des milliers de fillettes et de femmes qui, depuis, ont suivi ses traces. THEODORA PETER Podcast accompagnant le livre (DE/FR): www.revue.link/pod The Young Gods: 40 ans de rock suisse expérimental But, but, buuuut! THE YOUNG GODS: «Appear disappear» Two Gentlemen records, Lausanne, 2025 MARIANNE MEIER & MONIKA HOFMANN: «DROIT AU BUT. L’HISTOIRE DU FOOTBALL FÉMININ SUISSE». ÉDITION HIER UND JETZT. ZURICH, 2025. 336 PAGES, 39 FRANCS Revue Suisse / Octobre 2025 / N°4 27 Lu pour vous Écouté pour vous
RkJQdWJsaXNoZXIy MjYwNzMx