Revue Suisse 4/2025

Nouvelles du Palais fédéral AMANDINE MADZIEL À la maternité suisse d’Elne, des vies d’enfants et de femmes de multiples nationalités et confessions, fuyant la dictature de Franco ou, par la suite, fuyant la Gestapo, ont été épargnées. Des femmes espagnoles, juives ou tziganes ont été cachées, malgré les ordres de la Croix Rouge Suisse de respecter les lois raciales de Vichy. On estime à 200 les bébés de confession juive sauvés. Elisabeth Eidenbenz a hébergé et soigné celles que l’on considérait «indésirables». Grâce à son obstination et parfois à sa désobéissance, 600 bébés ont échappé, via la maternité suisse, à une mort certaine. Son histoire Née en 1913 à Wila ZH, fille du pasteur Johann Albrecht Eidenbenz et de Marie née Hess, elle était la troisième d’une fratrie de six enfants. Elisabeth suivit une formation d’institutrice. Elle fréquenta l’école des jeunes de Zurich de 1929 à 1933 et l’école d’économie domestique de Neukirch an der Thur en 1934. Elle commença sa carrière d’enseignante dans les quartiers ouvriers de Winterthur et Zurich. Recrutée en 1938 premièrement comme travailleuse humanitaire par le Service civil international lors de la guerre civile d’Espagne, elle s’occupa ensuite des collaborateurs de la Communauté suisse de travail en faveur des enfants espagnols, connue sous le nom d’Ayuda Suiza, à Burjassot, dans la province de Valence. En janvier 1939, lors de la conquête de la Catalogne par les Franquistes, elle fut appelée dans le sud de la France pour créer à Brouilla, près de la frontière espagnole, une maison de naissance et de repos pour les femmes réfugiées et leurs enfants. Lorsque celle-ci dut être évacuée à la fin de septembre 1939, Elisabeth Eidenbenz dénicha le château d’en Bardou dans la commune voisine d’Elne. Elle leva les fonds nécessaires et la propriété fut achetée par la Communauté suisse de travail en faveur des Une image iconique: Elisabeth Eidenbenz avec le petit réfugié espagnol Pablo. Toutes les photos sont tirées du reportage de Paul Senn dans la «Schweizer Illustrierte Zeitung» du 25 février 1942, © Fondation Gottfried Keller Elisabeth Eidenbenz, une histoire de modestie Modeste et peu connue du grand public, cette Suissesse de l’étranger a pourtant amené espoir et humanité en temps de guerre. avaient raison de nombreux bébés et enfants dans les camps. Les taux de mortalité étaient affolants et arriver à la maternité représentait une lueur d’espoir pour les pensionnaires. Nombreuses femmes n’avaient pas la possibilité d’emmener avec elles leurs enfants plus âgés et devaient se résigner à les laisser dans les camps. Ces scènes étaient un véritable déchirement et ces séparations un drame inimaginable pour les familles. Se reposer, être à l’abri du vent et du froid, ainsi que disposer d’une alimentation enfants espagnols. Suite à quelques rénovations, la maternité habilitée ouvrit ses portes. La maternité suisse d’Elne La maternité, en activité de novembre-décembre à Pâques 1944, fut un centre d’accueil et de repaire pour les pensionnaires. Ces dernières provenaient principalement des camps alentour de Rivesaltes et Argelès et arrivaient dans un état pitoyable. Le froid, le sable, les poux, la galle, la dysenterie, etc., 28 Revue Suisse / Octobre 2025 / N°4

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