Les smartphones dérangent en classe. Mais ils font aussi partie de la vie des enfants. Même les billets de bus se trouvent souvent sur les smartphones. une aussi forte dépendance que l’alcool et le tabac. Interdire Instagram et TikTok aux jeunes? La première loi de ce type au monde s’applique depuis décembre 2025 en Australie, qui a interdit l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Le groupe Meta, propriétaire de Facebook et d’Instagram, a par conséquent dû désactiver les comptes des jeunes utilisateurs. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est elle aussi prononcée en faveur d’une limite d’âge, et plusieurs États européens planchent sur le sujet. Cette exigence pourrait également s’inviter dans la politique suisse. Les deux interventions parlemendes Suisses sont favorables à une interdiction du smartphone à l’école. À l’échelle nationale, la Suisse est encore loin d’adopter une loi dans ce domaine. Néanmoins, sur demande du Parlement fédéral, la Confédération doit se pencher sur le sujet. Le Parlement a approuvé deux interventions presque identiques de conseillères d’État Vertes, exigeant que la Confédération établisse un rapport à ce sujet. L’objectif est de déterminer comment l’État peut protéger les enfants et les jeunes d’une consommation excessive et nocive des réseaux sociaux, et ce qu’il pense d’une interdiction du smartphone à l’école. Ces interventions font d’ailleurs référence aux études susmentionnées. Promouvoir les compétences Mais que pensent les enseignants, les directions d’écoles et les spécialistes de l’adolescence d’une interdiction du portable à l’école? Peu de choses. En 2024, la faîtière suisse des enseignants (LCH) a déclaré que les études à ce sujet n’étaient pas unanimes. Que le succès de l’interdiction des smartphones à l’école dépendait fortement de la manière de l’appliquer et des mesures pédagogiques l’accompagnant. Que les écoles, en matière de smartphones et d’autres appareils numériques, devaient peser soigneusement les intérêts entre le contrôle et la promotion des compétences numériques. Les smartphones, avance la LCH, peuvent potentiellement entraîner une déconcentration, une dépendance et des risques comme le cyberharcèlement, mais offrent aussi d’importantes possibilités d’apprentissage. D’après la faîtière, une interdiction n’est pas porteuse. Pro Juventute, la fondation suisse pour les enfants et les jeunes, est également favorable à des solutions conformes aux besoins; les écoles devraient pouvoir conserver leur liberté pédagogique. Surtout, Pro Juventute plaide pour que les groupes concernés soient consultés à ce sujet. Si les enfants et les jeunes sont écartés des prises de décision, il est fort probable qu’ils contourneront les interdits: «Les élèves emportent par exemple un deuxième appareil à l’école ou utilisent leur téléphone en cachette.» Il faut également prendre les besoins des enfants et des jeunes au sérieux, souligne Pro Juventute: «Beaucoup ont besoin de leur téléphone sur le chemin de l’école, ou juste avant ou après les cours. Par exemple parce que leur billet de transport public s’y trouve, ou pour qu’ils puissent communiquer avec leurs parents. Une interdiction généralisée revient à ignorer la réalité de la vie des enfants et des jeunes et complique l’organisation autonome de leur quotidien.» Pour la fondation, il est évident qu’une interdiction pure et simple ne remplace pas l’éducation aux médias. Il est préférable de promouvoir les compétences des élèves en matière d’utilisation des médias numériques. Protéger la jeunesse des réseaux sociaux C’est également l’avis de la faîtière suisse des directions d’écoles. Son président, Thomas Minder, appelle néanmoins de ses vœux une intervention politique. Dans des médias suisses, il a déclaré qu’il fallait interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs. Comme la loi suisse n’autorise les jeunes à voter et à gérer leur propre argent qu’à partir de 18 ans, Thomas Minder affirme ne pas comprendre qu’il n’en aille pas de même pour des programmes qui entraînent D’après Thomas Minder, de la faîtière suisse des directions d’écoles, il faut interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs. Photo MAD Voir l’étude de Sotomo (en allemand seulement): www.revue.link/handy Mouvement de parents «Smartphone Free Childhood» (en anglais seulement): www.revue.link/phonefree taires déposées demandent à l’État non seulement de dire ce qu’il pense du bannissement des smartphones à l’école, mais aussi du fait d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux jeunes. D’ici à ce que le rapport soit prêt, le débat continuera vraisemblablement d’être vif: en Australie, deux écoliers ont fait recours en justice contre l’interdiction des réseaux sociaux peu avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi. Revue Suisse / Février 2026 / N°1 15
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