Revue Suisse 1/2026

Une exposition sur le climat non moralisatrice Une exposition qui continuera à évoluer sur les 10 ou 20 prochaines années? C’est ce que propose le Musée d’histoire naturelle de Berne en explorant la thématique du changement climatique. Le résultat est passionnant, et parvient même à transmettre de l’espoir. «Nous voulions revenir aux faits très simples qui sous-tendent le sujet, mais qui sont souvent oubliés.» Elle résume la problématique dans une phrase lapidaire: «La combustion des énergies fossiles continue.» 70 % des émissions mondiales de CO2 proviennent toujours de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz naturel: «Le changement climatique, souligne Dora Strahm, ne relève pas de la politique, mais de la physique.» Le musée bernois évoque un passé lointain, mais tisse toujours des liens avec le présent. «Notre exposition devait s’adresser aussi à des gens n’ayant absolument aucune connaissance en sciences naturelles», explique la commissaire. Les dinosaures parmi nous Mais elle apporte également son lot de découvertes aux personnes versées dans le sujet. À l’instar du cube, par exemple, qui présente un événement qui s’est produit il y a 66 millions d’années: la chute d’un météorite d’une circonférence de 14 kilomètres au sud du Mexique actuel. Une pluie de soufre s’est mise à tomber, en quelques secondes la Terre est devenue un lieu hostile, d’où les dinosaures ont été balayés. Cependant, toute vie n’a pas disparu: certains oiseaux, par exemple, qui vivaient non dans les arbres mais sur le sol, ont survécu au désastre. D’après les chercheurs, cela est dû au fait qu’ils étaient moins dépendants des arbres qui avaient péri. Ces oiseaux sont les dinosaures qui vivent encore parmi nous. La particularité de cette exposition est la durée qui lui a été assignée: il est prévu qu’elle reste en activité entre 10 et 20 ans. Elle évoluera donc en permanence. Comme les douze témoignages provenant de différentes situations professionnelles et sociales, qui reflètent dans de courtes vidéos la perception actuelle du changement climatique. Tant que l’exposition durera, les auteurs des témoignages feront chaque année une nouvelle déclaration. L’homme peut… ou pourrait L’exposition présente aussi les avancées réalisées et les retours en arrière dans l’action JÜRG STEINER Ça bave, ça coasse et ça gazouille. Nous sommes au cœur d’un paysage marécageux à travers lequel vole une libellule monstrueuse. À côté d’une souche en putréfaction, une créature blanche sans yeux, qui pourrait être un ver ou une chenille, se déplace sur le sol, antennes tendues. Involontairement, notre regard se porte à nos pieds. On veut être sûr qu’on n’est pas en train de s’embourber. Cette mise en scène d’une forêt tropicale marécageuse fait partie de la nouvelle exposition «Allô la Terre! Le climat en mutation» du Musée d’histoire naturelle de Berne. Le marais tropical se loge dans un cube de bois, où le monde est présenté tel qu’il était il y a 300 millions d’années. Bien avant que l’homme n’apparaisse. Il y a 20 ans, en perçant le tunnel ferroviaire de base à travers le Lötschberg, des ouvriers ont trouvé des indices montrant que Berne, ce canton montagneux, était autrefois une zone chaude et humide. Ils ont découvert non seulement du granite, mais aussi une couche de roche contenant des restes végétaux carbonisés de cette époque. Quel rapport cela a-t-il avec le changement climatique qui nous préoccupe aujourd’hui? Ces vestiges de charbon fossilisés viennent nous rappeler les quantités astronomiques de carbone que les zones humides intactes ont absorbé pendant des siècles. En quelques décennies, la civilisation moderne a libéré ce carbone piégé en brûlant du charbon et du pétrole, et accéléré ainsi le changement climatique. La combustion des énergies fossiles C’est ainsi que fonctionne le langage visuel que l’équipe du Musée d’histoire naturelle a habilement mis en place. Il montre que le changement climatique et les catastrophes sont des constantes dans l’histoire de la planète. L’homme, qui peuple la Terre depuis relativement peu de temps, met néanmoins en branle d’énormes leviers. Il peut (ou pourrait) cependant toujours, à la différence des chutes de météorites ou des éruptions volcaniques historiques, faire quelque chose pour éviter la catastrophe. Dora Strahm, commissaire de l’exposition, explique l’approche grand public que le musée a choisie: Il y a 300 millions d’années, la Suisse était une région marécageuse, où les ressources fossiles que nous brûlons aujourd’hui sont apparues. Photos Danielle Liniger Revue Suisse / Février 2026 / N°1 17

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