Revue Suisse 1/2026

«Je suis un citoyen suisse qui vit en Europe.» Rudi Berli parle de lui-même La Cinquième Suisse au Palais fédéral Les élus à Berne installés à l’étranger sont des exceptions. La Suisse en a connu trois: la conseillère nationale Stéphanie Baumann (PS, BE/France, 2001-2003) et les conseillers nationaux Ruedi Baumann (vert, BE/ France, 2001-2003) et Tim Guldimann (PS, ZH/Allemagne, 2015-2018). Rudi Berli avait participé aux élections fédérales de 2023, sans être élu, recueillant toute de même près de 12’000 voix. Il était le deuxième vient-ensuite. C’est le quatrième Suisse de l’étranger élu à Berne. (SH) Le conseiller national participe d’ailleurs à l’un des recours collectifs de frontaliers suisses contre le Canton de Genève. À Berne, Rudi Berli touchera une rémunération de quelque 6000 francs mensuels, sans les indemnités, et disposera de moyens pour engager un assistant ou une assistante parlementaire. «C’est nécessaire pour être efficace», dit-il. Il aimerait «rassembler les Romands», mais des habitués genevois de la Coupole l’ont averti: l’ambiance peut être détestable dans les travées du Parlement. Quelle langue utilisera-t-il pour convaincre ses pairs? «Je représente Genève, donc je parlerai français». Sauf peut-être à des moments clefs, comme le lui a conseillé l’ancien conseiller national vert Ueli Leuenberger. Se considère-t-il comme un Suisse de l’étranger? «Je suis un citoyen suisse qui vit en Europe», corrige le Genevois. comme des mouches, avec des paysans écrasés par la tâche, les dettes et la charge mentale, résume l’ex-syndicaliste d’Uniterre. Le nouvel élu connaît bien le paradoxe: la société demande un environnement protégé, sans en payer le prix. Les Jardins de Cocagne, qui proposent un panier hebdomadaire aux membres, ont connu une période faste. Depuis quelques années, la coopérative peine à atteindre le nombre minimum de 420 abonnés au panier. Pour ce Zurichois tombé amoureux de la Suisse romande – «on mange mieux ici qu’en Suisse alémanique et, à Genève, les gens prennent plus leur temps» – la solution résiderait dans une polyculture et un élevage éclairés. «L’objectif est d’offrir localement de la nourriture de qualité. Ce modèle a du sens face aux aléas climatiques, car il est résilient. C’est un microcosme agricole cohérent et qui n’est pas sous perfusion des intrants fossiles et chimiques», défend l’agriculteur. Rudi Berli ne jette pas la pierre aux paysans. «Aucun n’est attaché aux produits chimiques. Chacun vise à obtenir un rendement suffisant». Que pense-t-il du développement de Genève, porté durant douze ans par son camarade vert Antonio Hodgers, ex-conseiller d’État accusé d’avoir bétonné le canton et qui a défendu l’érection de tours de 175 mètres dans la quartier en devenir Praille-Acacias-Vernets? «Vivre dans une tour, pourquoi pas. On a de la vue», répond ce terrien. Faudrait-il que Genève, qui délègue à la France une partie du fardeau du logement, rogne sur ses terres arables? C’est un «no go absolu». Le paysan défend bec et ongles ce territoire dense au centre et doté de vertes campagnes. Il décrit un territoire français défiguré par le mitage et les zones commerciales. Mais alors, où construire? Rudi Berli cite le système de la zone franche, qui permet à des paysans suisses de produire en France voisine sous un régime helvétique. Il propose de faire la même chose avec le logement, jugeant que des caisses de pension publiques pourraient bâtir en zone frontalière. Selon lui, la Suisse pourrait aussi investir de l’argent dans des infrastructures en France, médicales notamment, de manière à équilibrer ce territoire. De son côté, Genève peut densifier sa zone de villas et faire en sorte que les communes les plus riches, comme Cologny, cite-t-il, construisent aussi des logements sociaux. Ce qui nous amène à une crise régionale, qui a vu le Conseil d’État genevois décider en 2026 la fin de la possibilité pour les enfants de frontaliers d’être scolarisés en Suisse. Cette mesure concerne 2500 enfants. Elle a mis le feu aux poudre entre les deux pays. Rudi Berli va la subir, car l’un de ses enfants est concerné, et il ne décolère pas. «C’est une décision discriminatoire et arbitraire», lance-t-il. Le 1er décembre 2025, Rudi Berli, seul Suisse de l’étranger à siéger actuellement au Conseil national, a prêté serment à Berne. Photo Keystone Revue Suisse / Février 2026 / N°1 27

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