Revue Suisse 1/2026

tend limiter ses textes en ligne pour se concentrer sur les contenus audiovisuels. Elle veut renforcer sa collaboration avec les médias privés, notamment en matière de technologie. Nécessaire ou dangereuse? La votation du 8 mars prochain accroît la pression sur la SSR. Les partisans de l’initiative arguent que la redevance suisse est la plus chère d’Europe. Au Parlement, le conseiller national zurichois UDC Thomas Matter critique cet «impôt obligatoire» qui impacte surtout les jeunes, alors que ceux-ci se détournent de la télévision et de la radio. Pour les entreprises, la redevance est selon lui une «charge insensée». La SSR devrait se limiter à son «mandat clé». Quel sera celui-ci avec 800 millions de francs de moins? On l’ignore. L’initiative ne mentionne que «les programmes de radio et de télévision qui fournissent un service indispensable à la collectivité». Aujourd’hui, son mandat constitutionnel oblige la SSR à informer, mais aussi à offrir des programmes culturels, éducatifs et de divertissement. Les adversaires de l’initiative, une large alliance de politiciens du Centre, du PLR, des Vert’libéraux, du PS et des Verts ainsi que des représentants de la culture, du sport et de la société civile, mettent en garde contre les graves conséquences qu’aurait un oui. À l’ère de la désinformation croissante sur les plates-formes étrangères, affaiblir une source d’information indépendante menacerait la sécurité de la Suisse. La culture et le sport perdraient une vitrine. Et surtout: avec un budget réduit de moitié, la SSR ne pourrait conserver sa structure fédérale et son quadrilinguisme, a fait remarquer le conseiller national centriste grison Martin Candinas au Parlement. En raison de Extraits du débat «Redonnons enfin une dimension raisonnable à une SSR dont les effectifs, les moyens financiers et le pouvoir sont hypertrophiés.» Thomas Matter, ZH, conseiller national UDC «L’initiative enlèverait 800 millions de francs à la SSR. Il ne s’agit pas d’une baisse, mais d’une coupe drastique. Qui aurait des répercussions dans les régions rurales.» Josef Dittli, UR, conseiller aux États PLR «Il est difficile de croire que malgré les progrès technologiques, 850 millions de francs ne suffisent pas pour assurer une diffusion de radiotélévision publique dans un pays de 9 millions d’habitants.» Lorenzo Quadri, TI, conseiller national Lega «La couverture médiatique ultra-locale n’est plus rentable depuis longtemps. Dans les campagnes et les régions de montagne, de nombreux titres ont disparu. Nous avons besoin de la couverture régionale offerte par une entreprise de médias quadrilingue telle que la SSR.» Christine Badertscher, BE, conseillère nationale Verts «Il est vrai que la SSR est importante dans les régions linguistiques où les médias privés sont rares. Mais pourquoi doit-elle financer une offre de divertissement aussi luxueuse en Suisse alémanique?» Christian Wasserfallen, BE, conseiller national PLR «Désormais les ménages dépensent moins de 1 franc par jour pour profiter de la radiotélévision. C’est le strict minimum à payer pour des émissions et du contenu de qualité.» Valérie Piller Carrard, FR, conseillère nationale PS son plurilinguisme, on ne peut pas comparer la redevance de la Suisse avec celle d’autres pays. Redistribution en faveur des minorités linguistiques Avec la SRF, la RTS, la RSI et la RTR, la SSR produit des contenus pour les quatre régions linguistiques du pays, ainsi que pour l’étranger avec Swissinfo (voir second texte). La péréquation financière interne prend en compte les minorités linguistiques: en 2024, sur les 930 millions de francs que l’unité alémanique de la SSR a touchés via la redevance, 235 millions ont été reversés au Tessin, 115 millions en Romandie et 20 millions à la région romanchophone. Avec un budget réduit de moitié, la SSR prévient qu’elle devrait fermer la plupart de ses studios régionaux. Elle en possède 17 actuellement, et 7 studios principaux. En outre, la couverture de l’actualité serait plus centralisée. Les téléjournaux tessinois seront-ils donc bientôt réalisés à Zurich? Les initiants estiment que ces inquiétudes sont exagérées. Les programmes proposés aux minorités linLe conseiller fédéral Paul Chaudet (1955–1966) au micro d’un journaliste de Radio Suisse Internationale. Photo d’archive Swissinfo/MAD Revue Suisse / Février 2026 / N°1 6 En profondeur

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