Revue Suisse 2/2026

costume de fête du Freiamt d’Argovie, son canton d’origine. Un signe d’appartenance Aujourd’hui, l’époque est à nouveau troublée. Après la pandémie de coronavirus, pendant laquelle les associations de yodel, de costumes et de danse traditionnels ont perdu des membres, les tailleuses de costumes ont observé un regain d’intérêt chez les jeunes. On offre ce type de tenue pour les confirmations, et les enfants des familles d’hôteliers en portent. La clientèle est plutôt campagnarde. Monika Bögli a elle aussi de jeunes clientes, qui ont souvent hérité du costume de leur grand-mère et le font adapter à leur taille. Certaines clientes s’offrent ce vêtement précieux pour un anniversaire au chiffre rond. Monika Bögli, quant à elle, a porté le costume traditionnel dès son enfance. Elle pratiquait les danses populaires puis, comme sa mère et sa grand-mère, a fait partie d’un groupe d’amatrices de costumes folkloriques. «Le costume traditionnel fait partie de ma culture, il exprime mon appartenance à ma famille, mais aussi mon attachement patriotique à ma région», explique la Bernoise. En effet, non seulement chaque canton suisse possède ses propres costumes traditionnels, mais il existe des dizaines de modèles régionaux, qui se distinguent par leurs couleurs, leur coupe et leurs ornements. On compte pas moins de 700 costumes différents en Suisse. Expression de la diversité culturelle Certains costumes se ressemblent, précise Sissi Sturzenegger, présidente de la commission des costumes de la FNCS. Mais les initiés savent les distinguer. Ainsi, par exemple, autour du lac de Constance et même au-delà de la frontière, on porte une coiffe en éventail. À l’occasion de son centenaire, la FNCS veut faire connaître au grand public la diversité des costumes traditionnels suisses, notamment lors de la Fête suisse des chorales en costumes, qui se tiendra les 5 et 6 juin à Sursee (LU), mais aussi sous la forme d’un livre richement illustré présentant les costumes de tous les cantons. Il n’est donc pas étonnant que l’on décrive le costume traditionnel comme un «acte d’origine sur mesure». Il est du reste apprécié aussi à l’étranger: pendant sa formation, Monika Bögli a contribué à la confection de costumes pour deux Suissesses vivant au Canada. La Bernoise coud exclusivement des costumes du Mittelland bernois, de l’Emmental et de la Haute-Argovie. Il ne lui viendrait pas à l’idée de confectionner des costumes d’autres régions ou cantons. Une philosophie partagée par toutes les couturières. De toute façon, la liberté artistique est restreinte: chaque costume a un descriptif, une coupe et des accessoires prédéfinis. Seuls les couleurs et parfois les motifs peuvent être choisis, révèle Monika Bögli en nous montrant toute une pile de classeurs remplis d’échantillons de tissus et de descriptifs: «Dès les années 1930, on a remis de l’ordre dans le désordre qui régnait auparavant.» Une vocation secondaire Monika Bögli a complété sa formation de créatrice de vêtements, qui a duré trois ans, par une spécialisation en deux ans. Cette formation est très demandée, dit-elle, mais les places d’apprentissage auprès des couturières se font rares. Le canton de Berne propose désormais un cursus modulaire avec des cours spécifiques, par exemple sur la confection de corsets et de chemises. Pour Monika Bögli, une chose est claire: «Les racines de la transmission sont familiales». Ellemême a transmis le virus à ses enfants: ses trois filles, âgées de 26, 28 et 30 ans, portaient déjà de petits costumes traditionnels à trois ans pour se rendre à des fêtes ou des foires au bétail, et elles le font encore lors des mariages. Monika Bögli s’éclipse un instant dans la pièce d’à côté pour se changer, car elle a encore du pain sur la planche. En général, elle travaille dans son atelier de couture un jour par semaine et le reste du temps dans sa ferme, à Neuenegg, où elle fait de l’élevage – pour le lait et la viande –, de la culture fourragère et tient une boutique. Elle réapparaît en jeans et blouse, le «costume traditionnel» du XXIe siècle. Son costume bernois, quant à lui, restera bien rangé jusqu’au prochain événement festif. «Le costume traditionnel fait partie de ma culture, il exprime mon attachement patriotique à ma région.» Monika Bögli Vous trouverez d’autres photos de costumes traditionnels dans l’ouvrage qui paraîtra le 15 juin 2026 pour les 100 ans de la Fédération nationale des costumes suisses. Informations complémentaires: www.trachtenbuch.ch Des dizaines d’heures de travail à la main: la tailleuse de costumes traditionnels Monika Bögli travaille à un corset à trois couches. Photo Denise Lachat Revue Suisse / Avril 2026 / N° 2 14 Société

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