Revue Suisse 2/2026

La Suisse possède l’une des plus fortes densités de bateaux au monde. Mais obtenir une place d’amarrage n’est pas chose facile. Rien qu’à Genève (image), plus de 1000 personnes sont sur liste d’attente. Photo Stéphane Herzog trouvée par 80 mètres de fond, avec un navigateur à bord. L’embarcation avait coulé au cours d’une régate. En 2019, un coup de vent avait déferlé sur le Bol d’Or – la plus grande régate en bassin fermé du monde. Pendant une heure, des vents de plus de 100 km/h avaient balayé la flotte, provoquant 212 abandons sur 465 bateaux engagés, mais sans provoquer de victime. Ces conditions font penser à la mer et chaque année nombre de Suisses franchissent ce pas, qui nécessite l’obtention d’un permis mer. Le cours théorique s’étale sur 14 semaines et il est sanctionné par un examen. Il faut ensuite naviguer activement sur 1000 milles marins, soit 1850 kilomètres en mer validés par des skippers. Chaque année, quelque 800 Suisses et Suissesses passent cet examen, indique Daniel Rossier, l’ancien boss du CCS. «Le permis suisse est très exigeant», estime le marin de 82 ans, qui a bourlingué sur toutes les mers. Il dit avoir toujours été étonné par le nombre de compatriotes rencontrés dans les ports, aux Caraïbes notamment. Autre quête, celle d’une place d’amarrage. Il en faut une, dès lors que l’embarcation dispose d’une quille ou est trop grande pour être mise facilement hors de l’eau à la morte saison. Mais le rêve d’un bateau se heurte au manque chronique de places. Fin 2025, Genève possédait une liste d’attente de plus de 1000 personnes, selon les autorités. Paradoxe, seule une minorité d’embarcations sortent naviguer régulièrement. Il faudrait partager les bateaux, voire retirer de l’eau ceux qui restent toujours à quai, «mais on ne peut pas leur mettre de compteur», remarque le responsable de l’APB, Olivier von Arx, qui dit ne pas rater une occasion de naviguer. «Je sors 300 mètres au large, je coupe le moteur et je profite de l’espace et du calme», dit-il. Quant à la transmission d’une place à un proche, elle reste soumise à des conditions très strictes. Ce qui fait que les places d’amarrage manquent toujours. «Et c’est tant mieux», commente Bernard Schopfer, qui rappelle que la surface des lacs suisses n’est pas extensible. Un pays de marins d’eau douce En 2024, selon les données officielles, le nombre de bateaux privés immatriculés en Suisse était de 94’372 dont 63’446 bateaux à moteur et 25’385 voiliers. La Suisse comptait alors un voilier pour 353 habitants, une proportion plus élevée qu’en France (380) ou qu’en Italie (394). Ce score plaçait la Suisse au cinquième rang mondial, la Norvège (92) et la NouvelleZélande (173) arrivant en première et deuxième place. (SH) Revue Suisse / Avril 2026 / N° 2 18 Reportage

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