SUSANNE WENGER L’initiative «200 francs, ça suffit!» faisait partie des cinq objets soumis au peuple lors d’un dimanche de votation bien chargé. Sur tous les sujets (audiovisuel public, fiscalité, argent liquide et fonds climat), les votants ont suivi les recommandations du Conseil fédéral et du Parlement (voir graphiques). Plus élevée que d’habitude, la participation a atteint plus de 55 %, et l’initiative SSR a particulièrement mobilisé l’opinion. Avec l’Union démocratique du centre (UDC), certains milieux de droite voulaient faire passer la redevance annuelle des ménages de 335 à 200 francs, et en exempter les entreprises. Le budget de la SSR, qui diffuse dans les quatre régions linguistiques et s’adresse même à la Cinquième Suisse par son offre à l’étranger, aurait ainsi été amputé de moitié («Revue» 1/2026). Toutefois, 61,9 % des citoyens ont refusé l’initiative. Aucun canton ne l’a acceptée, et les Suisses de l’étranger l’ont rejetée à 65,8 %, soit plus nettement encore que la moyenne nationale. Susanne Wille, directrice générale de la SSR, interprète ce résultat comme un «vrai témoignage de confiance». En 2018 déjà, le peuple avait soutenu la SSR en balayant une initiative visant à supprimer la redevance. Les économies restent de mise Mais pour la directrice, l’heure n’est pas pour autant à la détente. En effet, la SSR doit économiser 270 millions de francs d’ici 2029, soit 17 % de son budget. Ceci est dû aux baisses des recettes publicitaires et à la réduction de la redevance: avant la votation, le Conseil fédéral avait déjà décidé de ramener progressivement celle-ci à 300 francs dès 2027 et d’en dispenser davantage d’entreprises. Ainsi, les revenus de la SSR vont diminuer malgré le refus de l’initiative, même si ce sera de manière moins drastique. Le conseiller fédéral en charge des médias, Albert Rösti (UDC), qui faisait partie des promoteurs de l’initiative lorsqu’il était encore parlementaire, a présenté cette solution comme un «contre-projet». L’interprétation du résultat de la votation fait déjà l’objet de vifs débats. Car la concession de la SSR – le mandat que le Conseil fédéral renouvelle régulièrement sur une base légale – arrive à échéance en 2028. Albert Rösti a fait savoir qu’à partir de 2029, la SSR devrait se concentrer davantage sur l’information, la culture et la formation, au détriment du sport et du divertissement. Mécontentement dans le camp gagnant Ces plans irritent les vainqueurs du scrutin, pour qui le peuple a plébiscité un service public varié au programme exhaustif. Dans la nouvelle concession, l’offre numérique de la SSR jouera aussi un rôle. Certains groupes de médias privés exigent qu’elle ne constitue pas une trop forte concurrence en ligne. L’exécutif gardera la haute main sur la concession, mais les partis, associations et organisations seront consultés en 2027. Le peuple soutient les médias de service public Les moyens de la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR) ne seront pas réduits de moitié: lors de la votation du 8 mars 2026, le peuple et les cantons ont clairement refusé l’«initiative SSR». Néanmoins, il s’agit à présent de déterminer où le groupe audiovisuel public doit faire des économies. Bâle suspend le vote électronique après une panne Lors de la votation du 8 mars 2026, le canton de BâleVille n’a pas pu ouvrir l’urne électronique en raison de problèmes techniques liés aux clés USB nécessaires au décryptage. Ainsi, 2048 voix de Suisses de l’étranger ou en situation de handicap n’ont pas pu être prises en compte. Au moment de boucler ce numéro de la «Revue Suisse», on ignore encore si l’urne numérique pourra être ouverte pour la confirmation officielle des résultats par la Confédération, dans le courant de mars. Les voix manquantes ne changeraient pas l’issue du scrutin, car tous les objets de vote ont obtenu une nette majorité. Mais cette panne a suscité une certaine colère, et n’est pas restée sans conséquences. Le canton a suspendu les essais d’e-voting jusqu’à la fin de 2026 et a ordonné une enquête externe. Quelques jours après le vote, on a même soupçonné une tentative de fraude volontaire, et le ministère public a ouvert une procédure pénale. Les autorités ont souligné que la panne n’était pas liée au système de vote électronique proprement dit, mais les détracteurs de cette solution y ont vu une confirmation de leur méfiance. Des essais sont actuellement menés dans quatre cantons, soit BâleVille, Saint-Gall, la Thurgovie et les Grisons. 10’300 Suisses de l’étranger votent à Bâle-Ville. (SWE) Si la directrice générale de la SSR, Susanne Wille, se dit soulagée par le résultat de la votation, l’heure n’est pas à la détente. Photo Alessandro della Valle, Keystone Revue Suisse / Avril 2026 / N° 2 22 Politique
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