Revue Suisse 2/2026

À gauche: dans le domaine du bâtiment, en plein essor, les besoins en maind’œuvre étrangère sont particulièrement importants en ce moment. Photo Keystone En haut: pour protester contre la pénurie de logements, un étudiant s’est installé un appartement symbolique au cœur de Lausanne. Photo Keystone de 2024: tandis que 1400 futurs médecins ont obtenu le diplôme fédéral, 3200 diplômes étrangers ont été reconnus la même année. Dans les soins infirmiers aussi, les Suisses ne parviennent pas à occuper tous les emplois vacants. Depuis la pandémie de coronavirus, qui a mis les hôpitaux et leur personnel sous pression, la pénurie de professionnels s’est aggravée. Auparavant, près de 11’000 postes étaient vacants: ce chiffre a augmenté à 14’000 au début de 2025. Selon les associations professionnelles, un tiers des soignants quittent le métier par découragement. On estime que d’ici 2030, il manquera environ 30’500 soignants en Suisse, que ce soit dans les hôpitaux, les EMS ou les soins à domicile. L’initiative sur les soins infirmiers, acceptée par le peuple en 2021, exigeait une offensive pour la formation et de meilleures conditions salariales, par exemple dans le domaine des indemnités pour le travail de nuit et le week-end. Mais la mise en œuvre par le Parlement peine à avancer parce que la réforme entraîne des surcoûts. Recul de l’immigration Dans d’autres secteurs de l’économie, par exemple l’informatique, la finance ou le commerce, la pénurie de personnel s’est allégée depuis 2024, comme le montre le dernier Index de l’agence pour l’emploi Adecco. Les raisons de cette «normalisation» seraient le refroidissement de la conjoncture mondiale et les incertitudes économiques. Les chiffres de l’immigration reflètent également la situation économique du moment: durant l’année record de 2023, la Suisse a enregistré près de 100’000 immigrants de plus que d’émigrants. Depuis, l’immigration nette recule: ce chiffre a diminué de 15 % pour s’établir à 83’000 en 2024, et de 10 % pour s’établir à 75’000 personnes en 2025. Autrement dit, le marché du travail attire encore de nombreux immigrés, mais tous ne restent pas en Suisse pour toujours. La perte d’un emploi, le coût élevé de la vie, la conciliation difficile entre vie privée et professionnelle ou les difficultés d’intégration peuvent les pousser à rentrer dans leur pays. Tout comme des raisons familiales, comme le montre l’exemple de la journaliste d’origine allemande Anne-Careen Stoltze, qui s’est établie en Suisse en 2006 pour la quitter 13 ans plus tard (voir page 7). Économiquement parlant, il est évident que la Suisse continuera d’avoir besoin de main-d’œuvre étrangère. Sans cela, le nombre de personnes «aptes à travailler» fondra ces prochaines années, car il y aura davantage de départs à la retraite que d’entrées sur le marché de l’emploi. D’après une étude de la Banque nationale, ce déséquilibre pourrait s’aggraver et la Suisse pourrait manquer de 400’000 travailleurs ces dix prochaines années. Les secteurs économiques défendent la croissance Sans l’immigration d’une maind’œuvre dont la Suisse a «un besoin crucial», des entreprises risquent de quitter le pays et le niveau des services, de se dégrader, écrivent la faîtière economiesuisse et l’Union patronale dans une prise de position sur l’initiative de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions!», qui sera mise en votation le 14 juin 2026. Le secteur économique craint aussi un recul de la croissance, et donc du produit intérieur brut (PIB). Depuis 2002, le PIB par habitant a augmenté de 23 % en Suisse, et avec lui la prospérité. Il est impossible d’évaluer avec précision dans quelle mesure l’immigration a contribué à cette croissance économique. Ce qui est incontestable, c’est que la libre circulation des personnes accroît la création de valeur. En revanche, l’impact de cette immigration stimulée par le marché de l’emploi sur l’environnement et la société fait débat. De quelle croissance la Suisse a-t-elle besoin pour préserver la qualité de vie? La question est politiquement controversée. Revue Suisse / Avril 2026 / N° 2 8

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