Revue Suisse 3/2026

Critiques et exigences Les défenseurs des droits des femmes et les partis de gauche reprochent à la Suisse de ne pas appliquer assez rigoureusement la Convention d’Istanbul, malgré les progrès accomplis. Les refuges pour les femmes manquent d’argent, et la protection des femmes varie fortement d’un canton à l’autre. À droite, l’UDC estime que la violence domestique est surtout un problème de migrants. Elle exige des peines plus lourdes et des expulsions systématiques. La Confédération et les cantons prévoient de déployer une nouvelle stratégie nationale contre la violence domestique et sexuelle en 2027 afin d’harmoniser les mesures et de tenir compte de la violence numérique. Le Parlement a en outre commandé une étude de faisabilité pour une tenue de statistiques sur les féminicides, y compris hors du contexte domestique. Un procès marquant Dans l’affaire de Binningen, le procès de première instance s’est tenu en mai 2026. Il a fait apparaître la dynamique destructrice de la violence domestique. La Cour pénale de Bâle-Campagne a condamné l’époux à la perpétuité pour assassinat et atteinte à la paix des morts, estimant que, mortifié par la perspective d’une séparation et mû par un besoin de contrôle, par la vengeance et la colère, ce dernier avait aussi tué sa femme pour dissimuler les faits de violence conjugale. Le président du tribunal a parlé d’un problème de société: «Il s’agit là d’un féminicide.» Des membres de la famille, des amis et des militantes ont rendu hommage à la victime en formant une chaîne humaine devant le tribunal. conjoint est resté constant. «Cela interroge», note la criminologue. Pas un «drame familial» Le terme de «féminicide» fournit une piste de réflexion. Popularisé dans les années 1970 par la sociologue américaine Diana Russell, il renvoie à la dimension sociétale de ces crimes. D’après une définition de l’ONU de 2012, les féminicides sont les meurtres commis sur des femmes dans un contexte domestique. Des analyses montrent qu’ils sont souvent liés, chez leurs auteurs, à une volonté de domination, un sentiment de possession et des stéréotypes de genre. Les séparations sont des phases à haut risque. «Près de la moitié des meurtres sont commis pendant ou après la séparation», explique Nora Markwalder. En Suisse, le féminicide n’est pas un terme juridique. Des groupes de défense des droits des femmes, des responsables politiques et le projet de recherche stopfemizid.ch l’utilisent depuis quelque temps pour mettre ces affaires en lumière. Les médias et les autorités l’emploient aussi de plus en plus. Pour Nora Markwalder, il décrit la réalité: «Il s’agit d’un meurtre, pas d’un drame familial ou d’un crime passionnel, comme on le désignait souvent auparavant pour minimiser sa gravité.» Nouveau numéro d’aide aux victimes La Suisse a longtemps estimé que ce qui se passait chez les gens ne concernait pas l’État. La violence domestique – viols, voies de fait et menaces – n’est un délit officiel que depuis 2004. Des politiciennes de tous bords se sont battues pour que des mesures soient prises contre la violence faite aux femmes. En ratifiant la Convention d’Istanbul en 2018, la Suisse s’est engagée à agir. Une «feuille de route» de la Confédération et des cantons a porté de premiers fruits: au printemps de 2026, une ligne nationale d’aide aux victimes a été mise en place, le 142. Les cantons ont renforcé leur gestion des menaces pour détecter précocement la violence. Car le féminicide est souvent le point final d’une spirale de violence, comme l’a montré une analyse de la Confédération. Désormais, la police s’adresse de manière ciblée aux auteurs de violences. Des cantons testent le bracelet électronique pour interdire les contacts. La Confédération a lancé une campagne de prévention afin de sensibiliser la population à la violence domestique. Des modifications législatives sont envisagées, notamment dans le droit régissant la détention d’armes. En 2025, une étude de l’Université de Saint-Gall a montré que les meurtres domestiques sont souvent commis au moyen d’armes à feu en Suisse, surtout si les auteurs sont âgés. Il faut savoir que les Suisses peuvent conserver leur arme militaire même après avoir été libérés de l’obligation de servir. Le nombre de meurtres a fortement reculé en Suisse, mais ceux commis sur des femmes par leur conjoint est resté stable. «Cela interroge», déclare Nora Markwalder, professeure de droit pénal. Photo MAD Revue Suisse / Juillet 2026 / N° 3 15

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