THEODORA PETER Le père spirituel de l’initiative «Sauvegarder la neutralité suisse» est Christoph Blocher, doyen de l’UDC et ancien conseiller fédéral. Il s’est piqué du fait qu’en 2022, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le Conseil fédéral avait repris les sanctions adoptées par l’UE contre Moscou, notamment des sanctions financières, un gel des avoirs ou des interdictions d’importation et d’exportation. Avec cette «rupture de la neutralité», la Suisse est devenue ellemême une belligérante «par pur opportunisme», affirmait le politicien, qui considérait que la Suisse avait perdu sa crédibilité en tant que médiatrice neutre («Revue» 6/2022). Cette initiative populaire sur la neutralité a été lancée par Pro Suisse, l’organisation qui a succédé à l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN), fondée par Christoph Blocher il y a 40 ans. Ses auteurs veulent faire inscrire dans la Constitution une «neutralité perpétuelle et armée» et interdire à la Suisse d’adhérer à toute alliance militaire ou défensive. Le pays pourrait tout au plus coopérer avec une alliance comme l’OTAN, mais seulement s’il était visé Stricte ou flexible? La neutralité en question La neutralité fait partie de l’identité de la Suisse. Mais doit-elle être interprétée de façon stricte? Oui, selon l’association conservatrice de droite Pro Suisse, qui a lancé une initiative radicale à ce sujet. Le peuple se prononcera le 27 septembre 2026. par une attaque militaire directe. L’initiative proscrit explicitement les «mesures coercitives non militaires contre un État belligérant», telles que celles prises par la Suisse contre la Russie. Seule exception: les sanctions adoptées par le Conseil de sécurité de l’ONU. Dans le cas de la guerre en Ukraine, la Russie, en tant que membre permanent, a utilisé son droit de veto pour empêcher que des résolutions soient prises dans ce sens. Le Conseil fédéral avait justifié sa reprise des sanctions économiques de l’UE contre la Russie par des violations du droit international humanitaire. «Faire le jeu d’un agresseur n’est pas neutre» avait déclaré Ignazio Cassis (PLR), alors ministre des affaires étrangères. En revanche, le gouvernement avait refusé de livrer des armes L’ancien conseiller fédéral Christoph Blocher (au centre), ici présent lors du dépôt de l’initiative sur la neutralité en avril 2024 à Berne, veut faire inscrire une définition stricte de la neutralité dans la Constitution. Photo Keystone D’après un sondage, la majorité des Suisses souhaitent que leur pays puisse prendre des sanctions contre des États tiers en cas de violation du droit international. Revue Suisse / Juillet 2026 / N° 3 8 Politique
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