Revue Suisse 4/2026

CHRISTOF FORSTER L’histoire peut être racontée de manière très vivante. C’est ce que montre Ludo Groen dans son livre «Mountains of Gold», publié en anglais. Cet ouvrage est le fruit de cinq ans de recherche à l’EPFZ. Avec force détails, l’auteur décrit les transports d’or nocturnes entre le bunker de la Banque nationale suisse (BNS), situé sous la Place fédérale à Berne, et le fort militaire de Bühl près d’Andermatt, dans le canton d’Uri. Le train comptait jusqu’à 20 wagons et était surveillé par des employés de la BNS en armes. Les lingots d’or étaient d’abord acheminés par camions à Ostermundigen, près de Berne, où ils étaient transbordés sur des trains de marchandises qui gagnaient Göschenen via Lucerne. De là, la précieuse cargaison était à nouveau transportée par camions vers les hauteurs d’Andermatt par les gorges de Schöllenen. Pour pouvoir décrire ces trajets de manière aussi précise que possible, Ludo Groen est allé jusqu’à consulter les données météorologiques de MétéoSuisse. Ces transports, comme il l’a découvert, étaient très complexes. Lors du premier, en avril 1938 par – 11 °C, les convoyeurs furent surpris par une violente tempête de neige et ne purent quitter la forteresse par la route habituelle. La réserve d’or était en danger Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la Suisse fut une plaque tournante importante du commerce d’or. Les réserves d’or secrètes dans les Alpes Une nouvelle recherche de l’EPFZ montre où les banques suisses cachaient leur or pendant la Deuxième Guerre mondiale. Et comment cela a contribué à donner à la Suisse l’image d’une place financière sûre. James Bond y a aussi joué un rôle. Entre 1939 et 1945, la BNS acheta de l’or à l’Allemagne nazie pour plus de 1,2 milliard de francs (valeur de l’époque). Y compris de l’or ayant appartenu à des victimes des camps de concentration. La Suisse fit aussi commerce d’or avec les alliés. Ludo Groen éclaire l’histoire de l’or en Suisse d’un jour nouveau. «En tant qu’architecte, je voulais aborder le sujet autrement que cela n’avait été fait jusqu’ici», explique-t-il, «pas seulement à travers des chiffres, mais aussi à travers des espaces, des bâtiments et des paysages.» Ludo Groen dévoile comment, dans les années 1930 et 1940, une infrastructure bancaire est née dans l’espace alpin, loin des centres urbains du Plateau: les réserves d’or secrètes des Alpes. Au départ de cette histoire, il y eut la crainte exprimée par le commandant chargé de la défense de Berne que la capitale fédérale puisse être détruite en cas d’attaque aérienne, et avec elle les réserves d’or de la Suisse, Une carte postale montrant l’ancien fort de Bühl dans le massif du Gothard, où la BNS transporta ses réserves d’or à partir de 1938. Photo MAD/Bibliothek Am Guisanplatz, Berne La BNS envisagea également de cacher son or dans des cavernes de l’Eiger, près de la gare d’Eismeer, à 3160 mètres d’altitude, mais y renonça pour des raisons de coûts. Photo MAD/Bibliothèque de l’EPFZ Revue Suisse / Octobre 2026 / N° 4 14 Économie

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