Revue Suisse 3/2025

Deux forages ont même réussi à atteindre le socle rocheux, à plus de 80 mètres de profondeur. Ces échantillons sont particulièrement impressionnants: ils racontent l’histoire climatique et environnementale d’il y a 10’000 ans et constituent ainsi la glace la plus ancienne des Alpes. À l’automne 2023, sur le Lyskamm voisin, un autre forage a atteint 100 mètres de profondeur. Mais cette glace est nettement plus récente, puisqu’elle aurait entre 150 et 200 ans de moins. En tout, 20 carottes prélevées sur des glaciers menacés du monde en- «Ice Memory» en matière de stratégie. «Nous devons préserver cet héritage pour les générations suivantes», notet-il. À cette fin, des archives vont voir le jour en Antarctique. Cette «carothèque» abritera l’une des deux carottes de glace toujours prélevées au même endroit, tandis que l’autre exemplaire servira à la recherche actuelle. L’objectif est de permettre aux futures générations de chercheurs, avec les nouvelles méthodes dont elles disposeront, d’en apprendre encore plus sur l’histoire climatique et environnementale de la planète. La construction de la caverne de glace d’«Ice Memory» en Antarctique débutera, selon Thomas Stocker, à la fin de 2025 sur le site de la base de recherche internationale Concordia, où une carotte de glace de plus de 1,2 million d’années a récemment été extraite avec la participation de la Suisse (voir encadré). Retracer la pollution de l’air Tandis que les forages effectués en Antarctique permettent de comprendre les dynamiques de périodes glaciaires très anciennes, l’extraction de carottes dans les glaciers est intéressante pour d’autres raisons: «Ces informations sont uniques parce ments historiques comme les essais nucléaires des années 1960. Il reste peu de temps pour sauver ces archives. «La Suisse, et en particulier l’arc alpin, sont confrontés à un réchauffement conséquent depuis dix ans», note l’expert du climat. Les changements se sont accélérés surtout ces quatre dernières années. «La conséquence, pour les glaciers, est que l’eau de fonte pénètre dans les couches plus profondes et efface les traces climatiques.» C’est ce qu’a constaté «Ice Memory» lors d’une expédition réalisée en 2020 au glacier de Corbassière, sur les hauteurs du Grand Combin, dans le canton du Valais. Tandis que le premier forage, en 2018, avait encore montré des résultats stables, un forage comparable réalisé deux ans plus tard révélait les symptômes d’une fonte avancée du glacier. Les traces avaient été effacées. Autrement dit, le glacier de Corbassière ne peut plus servir d’archive climatique. De la glace vieille de 10’000 ans au mont Rose Une expédition menée ultérieurement dans le massif du mont Rose, à la frontière italo-suisse, a eu plus de chance. En 2021, elle a pu prélever plusieurs carottes de glace bien conservées sur la selle glaciaire du col Gnifetti, à 4500 mètres d’altitude. qu’elles proviennent de régions plus peuplées, où la pollution de l’air est plus importante qu’en Antarctique», explique Thomas Stocker. Elles servent, par exemple, à retracer l’impact de l’industrialisation sur la qualité de l’air et le climat. La glace contient aussi des traces d’événeLe fragment d’une carotte de glace mise au jour au Lyskamm montre des inclusions d’un passé lointain. Photo de droite: l’équipe à l’abri dans la tente de forage. Photos Riccardo Selvatico, Ice Memory Foundation Page de droite: les carottes de glace extraites en Antarctique sont sciées en tronçons pour être mises à la disposition des chercheurs, notamment à Berne. Photo MAD D’après Thomas Stocker, les forages dans les Alpes sont particulièrement importants parce que leurs glaciers conservent des traces de l’évolution de la civilisation. Photo Université de Berne Revue Suisse / Juillet 2025 / N°3 12 Nature et environnement

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