Revue Suisse 3/2025

ombre triangulaire se reflète alors sur le lac de Thoune, ajoutant un effet magique au panorama. Grâce à ces atouts, la «pyramide suisse» – le surnom du Niesen –, a attiré l’œil de nombreux artistes à commencer par Ferdinand Hodler et Paul Klee. Le mont a aussi fait l’objet de multiples gravures, qui ont rendu la silhouette de cette montagne familière dans le monde entier. Un aspect de ce succès est aussi pratique: la montagne peut s’observer facilement, de Thoune par exemple, alors qu’un sommet parfait comme la dent Blanche (VS), par exemple, reste caché depuis la plaine. Quant au trajet qui mène de Berne à l’Oberland, il s’agit de la voie touristique la plus ancienne de Suisse. «Avant le train, on allait vers le Niesen en calèche», rappelle Daniel Anker, qui a rédigé des monographies sur les plus grands sommets suisses. Aujourd’hui, le traune pente de 68%. Contrairement à un sentier alpin, l’effort est abrutissant. Le record de vitesse se situe juste en dessous des 56 minutes. Soit une ascension de plus de 1600 mètres par heure, là où un marcheur en forme grimpe plutôt 500 mètres dans le même temps. Hors de cette compétition, l’escalier est une simple voie de service. Il doit rester accessible toute l’année, même en hiver. «Il est interdit d’y monter sans autorisation», rappelle la société anonyme Niesenbahn, sous peine d’amende. Mais il y a des exceptions! Un abonnement vendu 490 francs ouvre l’accès des escaliers entre trois heures et sept heures du matin, douche et descente incluses. Très rares sont les abonnés. Quant à votre serviteur, il avait prévu de fouler de nuit les escaliers depuis la station intermédiaire jusqu’au sommet, mais l’opération n’a pas été possible. «Nous ne cherchons pas de publicité supplémentaire pour l’escalier du Niesen», a expliqué Urs Wohler, le directeur du Niesenbahn. Lever de lune La «Revue Suisse» a donc fait le voyage en train! Au sommet, chaque visiteur fait face aux alpes bernoises, avec une vue plongeante sur les lacs de Thoune et de Brienz. Le regard porte jusqu’à la partie italienne des Grandes Jorasses. Par beau temps, on peut distinguer les Vosges et la Forêt noire, détaille l’écrivain et journaliste bernois Daniel Anker. La journée peut continuer avec une petite collation dans le restaurant du Niesen Kulm. On peut aussi passer la nuit dans l’une des charmantes chambres boisées de l’hôtel. L’occasion de contempler un lever de lune sur les alpes bernoises. Ce mont coche donc toutes les cases du tourisme suisse, pays qui séduit en premier lieu par la nature et les montagnes. D’ailleurs, l’attrait du Niesen est ancien, comme le prouve un guide publié en 1793 par le géologue allemand Johann Gottfried Ebel. L’ouvrage consacre quatre pages de son index au Niesen, contre une page et demie seulement pour le Titlis (UR), détaille Daniel Anker. «Le Niesen est l’un des premiers sommets suisses décrits dans la littérature», souligne cet alpiniste, âgé de 71 ans. Pourquoi un tel succès? «Sa forme, pareille à un dessin d’enfant, est parfaite. Elle rappelle les pyramides de Gizeh», résume-t-il. L’après-midi, son En haut à gauche: les sportifs les plus rapides grimpent les 11’674 marches en moins de 56 minutes. En dessous: le sommet offre un panorama somptueux sur les lacs et les cimes des Alpes bernoises. En haut à droite: le funiculaire rouge du Niesen gravit une montagne qui fait partie des destinations touristiques les plus importantes de la Suisse depuis le XVIIIe siècle. Photos Keystone Revue Suisse / Juillet 2025 / N°3 20 Reportage

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