SUSANNE WENGER En Suisse, les citoyens peuvent inscrire des objets à l’agenda politique en lançant une initiative populaire. Ils doivent rassembler au moins 100’000 signatures. C’est ainsi que certains sujets qui étonnent hors de nos frontières arrivent en votation. En 2018, il s’agissait des vaches à cornes; aujourd’hui, ce sont les feux d’artifice. Déposée en 2023, l’initiative «Pour une limitation des feux d’artifice» veut interdire aux particuliers d’acheter et d’utiliser des feux d’artifice bruyants («Revue» 3/2025). Le comité d’initiative, emmené par Roman Huber, ex-journaliste et entraîneur canin, et Corinne Meister, informaticienne et éleveuse, précise qu’il ne vise pas une interdiction absolue. Les feux d’artifice silencieux, tels que les volcans, resteraient autorisés. Idem pour les feux d’artifice publics lors des grandes fêtes, moyennant une autorisation cantonale. L’initiative est portée par trois organisations de défense des animaux, dont la Protection suisse des animaux (PSA). Les initiants veulent protéger les animaux domestiques, de rente et sauvages contre la peur et le stress provoqués par les détonations et les effets lumineux des fusées et des pétards. Ils avancent que le bruit stresse aussi la population, que les poussières fines engendrées par les feux d’artifice menacent la santé des gens, polluent les sols et les eaux, et que ceux-ci causent plus de 200 accidents par an. Le Conseil fédéral rejette l’initiative, comme la majorité du Parlement, au principal motif que celle-ci entraîne une réglementation excessive. Cantons et communes peuvent d’ores et déjà limiter les feux d’artifice, comme ils l’ont fait ce 1er août en raison du risque d’incendie dû à la sécheresse. Certaines communes suisses ont déjà prononcé des restrictions durables ou des interdictions, à l’instar des régions touristiques et montagneuses grisonnes. Les adversaires estiment que les feux d’artifice font partie des traditions festives du pays. Ils dénoncent l’impact qu’aurait une interdiction sur l’industrie concernée et plaident pour la tolérance et la responsabilité individuelle. Désireuses de tenir compte de la revendication des initiants tout en l’assouplissant, les deux Chambres du Parlement se sont d’abord montrées favorables à un contre-projet, qui prévoyait d’interdire en particulier les pétards n’offrant aucun effet visuel. Mais à la surprise générale, le Conseil national a rejeté sa propre réforme législative par une alliance inhabituelle de la droite et de la gauche lors du vote final de la session d’été. Pour l’UDC et le PLR, le contre-projet allait trop loin, tandis que pour les Verts, il était trop laxiste. L’initiative sur les feux d’artifice arrivera donc seule en votation. Fini les feux d’artifice? En Suisse, les particuliers pourraient se voir interdire l’utilisation de feux d’artifice bruyants, comme l’exige une initiative. Le 29 novembre 2026, peuple et cantons seront appelés aux urnes. Un contre-projet a échoué au dernier instant au Parlement. Un plaisir contesté: une initiative populaire veut limiter les feux d’artifice en Suisse. Ici, le spectacle de la fête nationale de 2022 à Lausanne. Photo Keystone 10 Politique Revue Suisse / Octobre 2026 / N° 4
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