La valeur de la beauté Les glaciers des Alpes et leur beauté font partie de l’identité collective de la Suisse. Mais qu’en sera-t-il lorsqu’on ne verra plus que des pierriers grisâtres dans les Alpes? Le journaliste Marcel Hänggi, qui s’intéresse à la crise climatique depuis plus de 20 ans, se pose cette question dans son nouvel ouvrage «Das Schöne, das verloren geht» [La beauté qui disparaît]. Aiguillonné par «la tristesse ressentie face aux désastres causés par l’être humain», il montre ce que nous perdons quand l’environnement est détruit et se demande pourquoi la beauté ne joue aucun rôle dans le débat politique et scientifique. La beauté ne pourrait-elle pas être un critère solide pour prendre des décisions? «C’est difficile», concède l’auteur. Pourtant, la beauté de la nature est importante «parce que manifestement, nous ne parvenons pas à protéger l’environnement si nous ne voyons que sa valeur instrumentale». Dans son essai aux multiples facettes, Marcel Hänggi adopte un point de vue qui va au-delà de l’exploitation pure et simple de la nature: «Sans la beauté, il n’y a pas de vie digne de ce nom.» (TP) «Voir la fonte de ses propres yeux peut aider à prendre conscience du problème», relève le glaciologue Matthias Huss, qui dirige le réseau des relevés glaciologiques GLAMOS. Photo Keystone Le réchauffement climatique touche aussi les grands glaciers: celui du Rhône se retire toujours plus loin et fait place à un lac constitué d’eau de fonte. Photo Keystone sur les glaciers à 3000 mètres d’altitude au mois de juin. «Ce jour-là, j’ai pensé qu’il était impossible que cette couche fonde jusqu’à l’automne.» Mais deux mois très chauds ont suivi, et la neige s’est volatilisée. Les grands souffrent aussi Les années extrêmes touchent en particulier les glaciers de petite taille, qui se morcèlent avant de disparaître. Matthias Huss a assisté personnellement au déclin du glacier de Pizol, dans le canton de Saint-Gall, sur lequel il a effectué une cinquantaine de mesures ces 20 dernières années. «Depuis 2022, on n’y trouve plus qu’un pierrier.» Sur les plus grands glaciers alpins suisses, celui d’Aletsch dans la région de la Jungfrau et celui du Gorner dans le massif du mont Rose, la perte – deux mètres d’épaisseur de glace par an en moyenne – est à peine visible, car ces coulées glaciaires font encore plusieurs centaines de mètres de haut. «Mais lorsqu’on se tient devant la langue d’un glacier, on voit des changements impressionnants d’année en année», explique Matthias Huss. Par exemple sur la queue du glacier du Rhône: «Là, la glace s’est nettement retirée pour faire place à un lac constitué d’eau de fonte.» Pour le glaciologue, la survie des glaciers de haute altitude dépendra de la «capacité du monde à faire volte-face en matière climatique». Si l’on parvient à stabiliser le réchauffement climatique à 1,5 °C sur l’ensemble de la planète, «les glaciers pourront se retirer en altitude». Mais ce scénario devient de plus en plus improbable: «Actuellement, nous mettons le cap sur un réchauffement terrestre de 2,7 °C . Dans les Alpes, d’après les scénarios climatiques, on pourrait même assister à un réchauffement de 4 °C.» Si les années extrêmes continuent à s’enchaîner, «il est tout à fait possible que la glace disparaisse complètement, même à plus de 4000 mètres d’altitude, d’ici la fin du siècle». Ces sombres perspectives ne découragent pas Matthias Huss. Il considère plutôt comme une opportunité le fait de pouvoir documenter les bouleversements qui se produisent dans les Alpes: «Nous pouvons tirer parti du rayonnement des glaciers pour montrer les effets du changement climatique». Nombreuses sont les personnes à avoir un lien personnel avec les glaciers, grâce à des souvenirs d’enfance ou à des vacances en montagne. «Voir la fonte de ses propres yeux peut aider à prendre conscience du problème.» Réseau des relevés glaciologiques suisse (GLAMOS) www.glamos.ch Plus de photos de glaciers: www.revue.link/glacier Revue Suisse / Octobre 2026 / N° 4 7
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