Revue Suisse 3/2026

Il y a des millions d’années, les théropodes peuplaient la Suisse. Une réplique se trouve devant le musée Jurassica à Porrentruy. Photo Stéphane Herzog des paléontologues ont découvert des années après que les animaux en question ne pouvaient être des dinosaures! «Ces traces ont été laissées par des cousins proches, avec qui ils partagent un ancêtre commun au début du Trias», raconte Pierre-Yves Frei. La genèse de ce malentendu figure dans son ouvrage. En 1976, le géologue français Georges Bronner et des amis à lui décident de se rendre à pied dans la région du barrage d’Émosson. Le deuxième jour, le groupe atteint la région du Vieux Émosson, nom du premier barrage élevé dans cette vallée. Georges Bronner prend des photos avec sa fille Sylvie. Le regard de l’Alsacien se fait accrocher par une dalle à moitié dégagée par un névé. Ce ne sont pas de simples trous, mais des empreintes! L’écho donné à cette découverte sera mondial et le coin deviendra – et restera – celui des dinosaures du Vieux Emosson. Comment a-t-on cru à des dinosaures? La première raison, explique le journaliste genevois, est que les traces, bien que très nombreuses, sont de médiocre qualité. Elles ont pu laisser croire à la présence d’empreintes à trois doigts, typiques de dinosaures. En fait, il n’y a que des empreintes à cinq doigts. Autre difficulté, la roche sédimentaire ne comporte aucun fossile, rendant impossible une datation précise. Les pionniers de cette trouvaille avaient parié sur un âge de 230 millions d’années. Or la roche a 240 millions d’années et à cette époque, les dinosaures apparaissaient tout juste dans l’hémisphère sud. Bref, adieu les dinos et bienvenue à des animaux pentadactyles (dotés de cinq doigts), soit des crocodiliens haut sur pattes, de presque trois mètres de long, dotés de mâchoires puissantes, qui appartiennent à la branche des pseudosuchiens. L’autre branche étant celle des avemetatarsaliens, soit celle des dinosaures. Frick et ses squelettes parfaits Dans son ouvrage, Pierre-Yves Frei cite un autre lieu fabuleux dans l’histoire des dinosaures en Suisse: les carrières de Frick (AG), où, en 1976, un paléontologue suisse, Ben Pabst, a découvert dans de l’argile les restes fossiles de dinosaures âgés de 210 millions d’années environ, des platéosaures. Soit des herbivores de huit mètres de long pesant quatre tonnes. Le musée de Frick permet de découvrir un squelette complet de cet animal. Ce coin d’Argovie comprendrait environ 500 fossiles de dinosaures par hectare. Pourquoi une telle masse? «Sur cette grande plaine, au Trias, les points d’eau se transformaient en mares de boue à la saison sèche. Assoiffés, les grands dinosaures s’y aventuraient quand même et ne parvenaient pas toujours à s’en extraire», raconte l’auteur. «Je n’aime pas les imaginer s’y perdre, mais c’est un témoignage précieux», ajoute le Genevois. Revue Suisse / Juillet 2026 / N° 3 23

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